LA CONFÉRENCE DE LONDRES
y aurait imprudence de sa part s'il tentait de rentrer dans les provinces à jcmiais séparées de la Hollande.
M. Van de Weyer vit aussi le duc de Wellington, qui fut plus précis et plus catégorique que lord Aberdeen sur le principe de non-intervention. Il déclara que l'Angleterre n'avait jamais eu l'intention d'intervenir; que le gouvernement anglais ne prétendait pas exercer d'influence sur le choix du gouvernement de la Belgique, mais qu'il espérait que la forme de ce gouvernement serait telle qu'elle ne compromettrai c point la sûreté du reste de l'Europe. M. Van de Weyer fit observer que, dans le cas d'intervention, les Belges considéreraient leur réunion à la France comme une dernière planche de salut. « — Bien loin d'être une » planche de salut, répondit le duc, ce serait le signal » d'une guerre européenne. L'Angleterre et toutes » les autres puissances s'opposeront toujours à votre » réunion à la France. »
M. Van de Weyer emporta de Londres la conviction que les grandes puissances n'avaient point le dessein d'employer la force pour replacer les Belges sous la domination de la Hollande, et que la révolution de septembre trouverait de chauds partisans parmi les whigs.
Le premier protocole, arrêté par la Conférence de Londres, annonçait les vues pacifiques des puissances, mais en consacrant virtuellement le principe de l'intervention en leur faveur. Ce protocole fut apporté à Bruxelles, le 7 novembre au soir, et notifié au gouvernement provisoire par deux commissaires de la Con-
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férence, M. Cartwrihht, ancien secrétaire de lambassade britannique à Bruxelles, et M. Bresson, secrétaire de l'ambassade de France à Londres. Les puissances proposaient la cessation entière des hostilités, en assignant à la Hollande, comme ligne d'armistice, les limites qu elle avait avant le traité de Paris du 30 mai 1814 ; cet armistice ne devait d'ailleurs préjuger en rien les questions dont les cinq cours auraient à faciliter la solution. Certes, il eût été glorieux pour la Belgique de propager le mouvement révolutionnaire et de repousser la tutelle des puissances, jusqu'à ce qu'elle eût atteint Jes limites qu'elle possédait, au nord et à l'est, sous Charles-Quint ; il eût été glorieux de reprendre Maestricht et Luxembourg. Mais comment affronter les forces de la Prusse et de la Confédération germanique, alors que l'on ne pouvait ignorer que si le ministère français était résolu à s'opposer à l'entrée d'une armée étrangère en Belgique, il n'était pas disposé à courir avec les Belges les chances d'une guerre offensive?... La situation était périlleuse; il fallut déposer les armes.
Le gouvernement provisoire répondit, avec beaiicoup de dignité, aux représentants des cinq cours. Il se plaisait à croire, disait-il, que des sentiments de sympathie, bien naturels pour les souffrances de la Belgique, avaient déterminé la mission toute philanthropique dont les plénipotentiaires des cinq grandes puissances se trouvaient chargés; que, plein de cet espoir et voulant d'ailleurs concilier l'indépendance du peuple belge avec le respect pour les droits de l'huma-
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nité, il remerciait les cinq puissances de l'initiative qu'elles avaient prise pour arrêter l'effusion du sang, par une entière cessation des hostilités qui existaient entre la Belgique et la Hollande. En conséquence, le gouvernement s'engageait, sauf réciprocité de la part de la Hollande, à faire cesser toutes hostilités du côté des Belges ; à ordonner aux troupes belges de se retirer en deçà de la ligne qui séparait, avant le traité de Paris du 30 mai 1814, les provinces du prince souverain des Provinces-Unies de celles qui avaient été jointes à son territoire pour former le royaume des Pays-Bas, par ledit traité de Paris et par celui de Vienne de Tannée 1815; à enjoindre aux mêmes troupes d'évacuer, dans le délai de dix jours, les places et territoires qu'elles occupaient au delà de cette ligne. Le gouvernement provisoire faisait toutefois une réserve importante : il entendait, disait-il, par la ligne de l'armistice, les limites qui, conformément à l'art. 2 de la loi fondamentale des Pays-Bas, séparaient les provinces septentrionales des provinces méridionales du pays, y compris toute la rive gauche dé l'Escaut (1).
Ce fut le 10 novembre, le jour même marqué pour louverture du Congrès national, que le gouvernement provisoire de la Belgique, adhérant au premier protocole de la Conférence, donna à l'Europe un gage éclatant de sa modération et de ses sentiments pacifiques.
(1) Celte pièce portait les signatures de MM. De Polter, Alex. Gendebien, Félix de Mérode, Ch. Rogier, J. Vanderlindcn et F. De Coppin. On a TU que M. Van de Weyer était alors en mission à Londres.