PROPOSITIONS PRÉLIMINAIRES
» avions droit d'attendre en 181 4 (4). Nous avons perdu » en 1814 notre indépendance dans la prévision d'une » idée qui n'existe plus. Le traité de Londres qui avait » constitué le royaume des Pavs-Bas a été violé : il ne » lie plus personne. » M. de Celles avait motivé sa pro- |)osition le 16. La veille, M. C. Rodenbach avait soumis à l'Assemblée la question suivante : « Quelle sera la forme du gouvernement? » Il avait demandé, en outi*e, que le Congrès votât l'exclusion à perpétuité des membres de la famille de Nassau de tout pouvoir en Belgiqrie.
Cette dernière proposition, ayant été renvoyée aussitôt à l'examen des sections, y réunit un nombre prépondérant de voix. Une seule section sur dix se prononça non pour le rejet, mais pour l'ajournement. Dans les autres, quelques membres avaient demandé la suppression des mots à perpétuité, par sentiment de justice et pour ne pas enchaîner les générations futures.
Dirigée contre les espérances et les intrigues du {larti orangiste, la proposition d'exclusion avait déjà soulevé de violents débats. Sa hardiesse inquiétait les esprits timides et faisait craindre de nouveaux désastres aux députés des villes occupées par l'ennemi. M. Rodenbach avait insisté pour qu'elle eût la priorité sur les propositions qui étaient relatives à la procla-
(4) Le due de Saxe- Weimar, général de Tarmée combinée russe, prussienne et saxonne, et le général Bulovv, commandant le troisième corps prussien, avaient dit aux Belges, au mois de février 4814: « Que la Bela gique, jadis si florissante, se relève, mais qu'elle se relève sous Tégidc y* de l'ordre et de la tranquillité. «Sb/t indépendance n'est plus douteuse.., »
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mation de rindépeDdance de la Belgique et à la forme du gouvernement. M. Forgeur objecta qu'il fallait vider d'abord la question de la forme du gouvernement ; car si la république était proclamée, pouvait-on exclure un homme, quel qu'il fût, du choix du peuple ? Des députés d'Anvers et du Limboui^ trouvaient la proposition dangereuse. Elle pouvait nuire, disaient-ils, au succès des négociations entamées à Londres ainsi qu'à la conclusion de l'armistice promis ; elle mettrait obstacle à l'évacuation de Maestricht et de la citadelle d'Anvers ; elle attirerait sans doute un nouveau bombardement sur Anvers et ferait aussi foudroyer Maestricht par les cent cinquante bouches à feu qui menaçaient cette ville; enfin, elle aurait pour résultat de faire établir la Constitution sur les ruines fumantes de ces deux Imités belges. Les partisans de la priorité, monarchistes ou républicains, répondaient que le sang répandu par les Nassau en Belgique les avait rendus indignes de la royauté aussi bien que de la présidence; qu'il était temps de mettre un terme aux intrigues, aux suggestions et aux manœuvres des orangistes ; que prononcer l'exclusion, ajoutaient les monarchistes, ce serait faciliter l'établissement d'un gouvernement monarchique, en ne plaçant plus que quelques membres timorés du Congrès dans la nécessité de sacrifier le désir de la monarchie à la crainte de la guerre civile. Ils disaient encore que l'on ne devait point redouter de nouveaux désastres ; que c'étaient là des raisonnements dictés par la peur; que si le roi de Hollande détruisait Anvers ou Maestricht, il se placerait hors de
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Thumanité et romprait les derniers liens qu'il pouvait avoir avec l'Europe. Partisan de la proposition, M. Nothomb combattit néanmoins la priorité peir des raisons qui exercèrent une puissante influence sur la détermination de l'assemblée. « Les effets du contrat de » 1813, dit-il, ne sont encore que suspendus ; c'est à la » représentation nationale de l'anéantir à jamais, en » déclarant la Belgique indépendante et Guillaume l" » déchu. C'est par là qu'il faut commencer. Puis, » nous aborderons l'ordre nouveau, nous examinerons » la question de forme et celle des personnes. Ce n'est » pas que je recule devant cette dernière question; » mais, en bonne logique, je ne crois pas qu'elle doive » primer toutes les autres. » Ces raisons, dont on ne })Oiivait contester la justesse, jointes à la crainte ou aux scrupules qui arrêtaient une certaine fraction de l'assemblée, déterminèrent le vote. La priorité fut écartée par quatre-vingt-dix-sept voix contre soixante et dixsept. Le Congrès résolut de s'occuper d'abord des propositions relatives à l'indépendance de la Belgique et à la forme du gouvernement avant de discuter l'exclusion des Nassau.
L'indépendance ! Ce mot a toujours fait tressaillir les peuples ; c'est le but suprême de leurs efforts, quand une main étrangère pèse sur eux ; c'est leur liien le plus cher : jamais ils ne^ se consolent de l'avoir perdu, et, pour le reconquérir, aucun sacrifice ne leur coûte. Mais on a vu aussi des peuples qui, après avoir perdu leur opulence et leurs libertés, se roidissaient vainement contre le destin : patrie, nationalité, tout
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avait été englouti dans de terribles catastrophes; il avait fallu plier sous la tempête, reconnaître les droits de la force, désespérer même de la justice, car on avait été contraint d'assister, témoin désarmé et impuiss£mt, à la destruction de la nationalité et au morcellement du sol natal ! Tel avait été pendant longtemps le sort de la Belgique.
On sait que Charles-Quint, continuant avec persévérance l'œuvre d'agrandissement et de fusion de ses ancêtres de la maison de Bourgogne, avait réuni sous son sceptre les belles et riches provinces qui s'étendaient de la Moselle au Zuyderzée. Le despotisme politique et le fanatisme religieux de Philippe II suscitèrent les funestes tempêtes au milieu desquelles s'opéra la division de ce magnifique héritage et naquit l'antagonisme des Belges et des Hollandais. La liberté de conscience et le républicanisme triomphèrent au delà de l'Escaut ; en deçà, les Espagnols recouvrèrent un territoire ravagé peu* une lutte presque séculaire, et les débris d'un peuple qui avait préféré une transaction avec ses oppresseurs à une abjuration de la foi de ses pères. Tandis que Maurice de Nassau consolide le triomphe du calvinisme dans les Provinces-Unies, une réaction catholique se manifeste en Belgique sous le règne des archiducs Albert et Isabelle.
La séparation du nord et du midi Jes Pays-Bas, préparée par l'union d'Utrecht, et déjà reconnue par l'Espagne lorsqu'elle signa la trêve de douze ans, fut inscrite dans le droit public de l'Europe à Munster, le 30 janvier 1648. Le traité de Munster assimila la repu-
DÉMEMBREMENTS SOUS LOUIS IIV ««l
blique des Provinces-Unies aux puissances légalement indépenJantes et souveraines ; et il condamna la malheureuse Belgique, après le règne sans lendemam des archiducs Albert et Isabelle, à suivre désormais les destinées d'une monarchie en décadence. Il la dépouillait en même temps de la partie septentrionale du duché de Brabant, des métiers de Hulst et d'Axel en Flandre, et de sa copropriété sur la ville de Maestncht, jusqu'alors possédée en commun par le duc de Braient et le prince-éveque de Liège.
Bientôt Louis XIV s'empare de la suprématie qui échappait à la maison d'Autriche. Le programme de son règne, dépassé par la République et l'Empire, avait été tracé par Mazarin; il consistait dans l'adjonction des Pavs-Bas espagnols et dans la conquête de la limite du RÏiin. « L'adjonction des Pays-Bas, avait dit » Mazarin, forme à la ville de Paris un boulevard » inexpugnable, et ce serait alors véritablement que » l'on pourrait l'appeler le cœur de la France et qu'il » serait placé dans l'endroit le plus sûr du royaume. D L'on en étendrait la frontière jusqu'à la Hollande, » et du cjté de l'Allema^ue, qui est celui d'où l'on •> peut aussi beaucoup craindre, jusqu'au Rhin, par la » rétention de la Lorraine et de l'Alsace et par la pos- » session du Luxembourg et du comté de Bourgo- » gne... «Comme ce plan, encore agrandi plus tard, menaçait virtuellement l'indépendance des autres |)cuplés, il suscita contre la France ces grandes coalitions qui aboutirent aux traîtés d'Utrecht et de Vienne; il donna naissance à cette politique inflexible, person-