‹ Le Congrès national de Belgique, 1830-1831Chapitre 60 sur 329 · RICHELIEU ET MIRABEAU · texte numérisé non relu

RICHELIEU ET MIRABEAU

par des raisons de politique pratique qui depuis ont empêché la France de les prendre ou de les conserver. Ce grand homme d'État repoussait un système qui consistait à détruire des nationalités ; il voulait, au contraire, en les ménageant, les faire servir à ses vues ; il disait, en d autres termes, que les tronçons des nationalités mutilées se rejoignent tôt ou tard. Certes, si ce système avait pu triompher, si la Belgique avait pu se soustraire en 1634 à la suzeraineté de TEspagne, elle se fût épargné et elle eût peut-être épargné au monde entier les plus terribles des guerres du xvii« siècle. Richelieu, fondateur de la monarchie absolue, indiquait cette politique prudente au seuil du règne belliqueux de Louis XIV; et Mirabeau, le démolisseur de l'absolutisme, la rappelait au moment où la France préparait sa grande révolution démocratique. c< Lequel vaut le mieux pour l'Europe etpour les Pays- » Bas, demandait-il, ou de les laisser à la merci de la » France, ou de les voir se former en une république » indépendante de la France et amie de l'Europe ? Sans » doute, il vaut mieux que les Pays-Bas soient libres, » et s'il est au pouvoir des hommes d'établir une » balance politique vraiment utile et durable, c'est » par cette révolution grande et salutaire qu'il faut » commencer. Que la confédération belge s'élève ; » qu'elle embellisse, qu'elle console, qu'elle édifie, » qu'elle instruise l'univers ! Le droit le permet, la » justice le prescrit, la politique l'ordonne ! » Elle fut tentée cette confédération lorsque les Belges s'insurgèrent contre le despotisme philosophique et révolu-

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tionnaire de Joseph II. Les Autrichiens furent refoulés dans le Luxembourg; le territoire belge fut libre. Mais la république théocratique, dirigée par Van der Noot et Van Eupen, n'eut qu'une existence éphémère. Fondée au mois d'octobre 1789, elle disparut le 21 novembre 1790, anéantie par l'incapacité de ses chefs, par un entraînement aveugle vers les idées anciennes et par la mauvaise foi de la Prusse et de la Hollande.

La Belgique, après avoir été victime de l'ambition monarchique de Louis XIV, allait ôtre victime aussi de l'ambition de la France républicaine. Louis XVI finissait son règne en 1792, lorsque Dumouriez fit entendre ces paroles dans le conseil des ministres : c( La France ne doit s'acharne? politiquement » qu'à un seul ennemi, qu'à l'Autriche, pour lui ravir » les Pays-Bas, remplis de mécontents et à la portée » de la France, conquête qui, ajoutant à ses forces » morales et matérielles, formera ainsi le premier * nœud de l'alliance des peuples contre les rois. » La déclaration de guerre contre l'Autriche fut votée par l'assemblée législative, le 20 avril. Mais, dans cette séance même, le député Pastoret prophétisa les efforts désespérés que ferait l'Angleterre pour soustraire la Belgique à la domination française.

Par la victoire qu'il remporte à Jemmapes, le 6 novembre 1792, Dumouriez s'ouvre les Pays-Bas. Les Belges, irrités contre l'Autriche et regrettant l'indépendance qu'ils avaient récemment perdue, accueillirent d'abord les Français comme des libérateurs. Confiants dans les promesses de Dumouriez, ils se hâté-

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