LE DUC DE NEMOURS
nation de quatre commissaires extraordinaires pris dans le sein du Congrès ; deux de ces commissaires devaient se rendre à Londres et les deux autres è Paris, pour traiter de tout ce qui pourrait être relatif au choix du chef de l'État sous le rapport du territoire, des intérêts commerciaux et des alliances. Les commissaires envoyés à Paris devaient être spécialement chargés de rechercher l'alliance d'une princesse de la maison d'Orléans pour le futur chef de l'État, dans le cas où la couronne de la Belgique ne pourrait être décernée à un prince de cette maison.
Telles étaient d'ailleurs les vues qui prédominaient au comité diplomatique. M. Van de Weyer était d'accord avec M. Gendebien pour fixer le choix du souverain futur de la Belgique sur un prince français, ou, si ce choix était impossible, pour réaliser une alliance du futur chef de l'État avec une princesse française. Reçu le 2 janvier 1831 par le roi des Français, M. Gendebien entendit Louis-Philippe s'exprimer en ces termes : « M. Gendebien, vous êtes père d'une » famille à peu près aussi nombreuse que la mienne ; » vous êtes donc dans une position à pouvoir, mieux » que personne, apprécier les sentiments qui m'agi- » tent en ce moment. Il doit vous être facile de com- » prendre combien il serait doux pour mon cœur et » flatteur pour un père de voir un de mes fils appelé » au trône de la Belgique par le vœu libre et spontané » du peuple belge. Je suis même persuadé que son » éducation, toute libérale, serait un sûr garemt pour » le maintien et le développement des institutions quie
3» VOUS créez dans ce moment. Il m'est donc double- » ment pénible de devoir vous dire que je ne pourrais » agréer les vœux du Congrès ; une guerre générale » en serait la suite inévitable ; aucune considération » ne pourrait me décider à me faire accuser d'avoir 3> allumé une conflagration générale par ambition, » pour placer mon fils sur un trône. D'ailleurs, la » liberté sort rarement victorieuse de la guerre : vous 3» avez, comme nous, intérêt à conserver la paix ; mais » si votre indépendance était attaquée, je n'hésiterais » pas, je ne consulterais que les devoirs que m'impo- » seraient l'humanité et les vives sympathies que » j'éprouve, ainsi que toute la France, pour votre » cause. Je suis persuadé que je serais secondé par la » nation tout entière (1). »
Le choix du duc de Nemours était le plus populaire, sans doute ; mais, comme l'avait fait entendre Louis- Philippe, c'était, de toute manière, une question de guerre. On devait être convaincu que l'Angleterre emploierait tout ce qu'elle avait d'influence et de puissance pour empêcher l'avènement du prince français, parce que cet avènement équivaudrait à une réunion, et qu'elle n'en voulait à aucun prix. Le cabinet du Palais-Royal ne pouvait accorder le duc de Nemours au vœu des Belges que dans deux hypothèses : en recommençant la lutte que Louis XIV avait soutenue au siècle dernier contre l'Europe entière dans l'intérêt
(i) M. (îeDdebien rapporta cette conversation dans la séance du Congrôs du 42 janvier 4834.