‹ Le Congrès national de Belgique, 1830-1831Chapitre 81 sur 329 · DÉCLARATION DU GÉNÉRAL SÉBASHANI · texte numérisé non relu

DÉCLARATION DU GÉNÉRAL SÉBASHANI

de son petit-fils, le duc d'Anjou ; ou bien, en profitant de Taffaissement des autres puissances continentales, si la Pologne insui^ée continuait d'arrêter les Russes et remuait rAllemagne, Dans les deux hypothèses, la guerre était inévitable, et le roi des Franaias s'annonçait comme le plus ferme soutien de la paix .

Le 3 janvier, M. Gendebien adressa au général Sébastiani une note dans laquelle il s'exprimait en ces tenues : « Les événements deviennent si pressants en » Belgique qu'une résolution prompte et définitive de » la France est indispensable et ui^ente. Nous allons » nous trouver dans la funeste nécessité de compri- » mer par la force un élan patriotique vers la France, » et par suite nous exposer à la guerre civile, si ^ la France ne prend pas le parti d'accéder au vœu » des Belges pour un fils de S. M. le roi des Français. » Quel que soit le parti que prenne le gouvernement » français, il est indispensable que sa résolution soit » prompte et définitive, car la pire de toutes les situa- » tiens pour la Belgique^, c'est l'état d'incertitude dans » lequel elle se trouve. » La réponse du ministre français fut remise le jour même au député belge. Après avoir rappelé l'entrevue dans laquelle Louis-Philippe avait fait connaître ses intentions, M. Sébastiani ajoutait : « La France n'accepte point et n'acceptera pas » la réunion de la Belgique à ses provinces. Sa Majesté » ne peut pas accorder le prince-duc de Nemours aux » VQîux des Belges. »

Déjà plusieurs sections du Ck)ngrès, à défaut du duc de Nemours, avaient jeté les yeux sur le prince Othon,

deuxième fils du roi Louis de Bavière (1). Pour satisfaire au vœu de ces sections, le comité diplomatique chargea, le 4 janvier, M. Gendebieii de pressentir le ministère français sur les limites territoriales de la Belgique et- sur le choix éventuel du jeune prince bavarois, que Ion pourrait unir à une princesse de la maison d'Orléans. Cette combinaison, suivant le comité diplomatique, donnerait aux Belges l'appui de la France et leur assurerait en outre un allié en Allemagne. Il repoussait la réunion à la France, qui serait le signal de la guerre, dont la Belgique deviendrait le principal théâtre, comme de tout temps. « Nous » repoussons, » disait-il « cette chance funeste, Jet il » faut obtenir notre indépendance complète et la *> délivrance du joug hollandais à meilleur prix. »

M. Gendebien reçut le courrier du comité diplomatique, le 5, à quatre heures du soir ; il s'empressa d'entrer en conférence avec le ministre des affaires étrangères. A neuf heures, il écrivit les détails de son entrevue. Sur la première question, relative au chef de l'État, M. Sébastiani lui avait répondu que la France accéderait à toutes les combinaisons politiques qui pourraient constituer définitivement le gouvernement et assurer le repos et le bonheur des Belges ; il lui avait donné l'assurance que le choix du prince Othon de Bavière serait agréé par le gouvernement du roi

(i)LepriDcc Othon, néle<«'juin 4815, avait alors quinze ans el demi. — Le duc de Neoïours, né le 25 octobre 1814, avait seize ans e% trois mois.

Louis-Philippe, et il avait ajouté que lailiance du roi futur de la Belgique avec la princesse Marie d'Orléans serait acceptée. Queint à la seconde question, relative aux limites territoriales, le ministre avait répondu, en substance, que la France n'oublierait jamais que . la Belgique fut son berceau ; la conformité de mœurs, de religion, de langue et de principes, fournissait d'ailleurs des motifs durables de sympathie qui assureraient toujours à la Belgique le plus vif intérêt et la protection constante de la France et de son gouvernement dans toutes les questions qui toucheraient les intérêts et l'honneur national des Belges ; en conséquence, la France les soutiendrait dans la discussion de leurs limites lorsque le bon droit serait de leur côte, et elle ne soufiTrirait aucune intervention qui tendrait à les forcer à faire des concessions territoriales.

Tandis que M. Gendebîen rédigeait cette dépêche, un nouveau courrier du comité diplomatique était sur la route de Paris. Il arriva dans cette ville le 6, à quatre heures du soir, avec la réponse du comité au protocole du 20 décembre. M. Genlebien, se trouvant indisposé, chargea M. Firmin Rogier, secrétaire de la légation, de voir M. Sébastiani et de mettre cette réponse sous ses yeux. Le langage noble et ferme du comité fit une vive impression sur le ministre des affaires étrangères. Le cabinet du Palais-Royal ne supportait qu'impatiemment les provocations continuelles du roi Guillaume, parce qu'elles tendaient à rallumer une guerre qu'il voulait éviter à tout prix.

a — Si le roi Guillaume, » dit M. Sébastian! à M. Rogier, » n'avait pas enfin consenti à la libre » navigation de l'Escaut, nous aurions bien su l'y » contraindre d accord avec l'Angleterre ; et dix fré- » gâtes que nous aurions envoyées, s'il l'avait fallu, » auraient bientôt rendu le fleuve libre. »

Il confirma que le prince Othon de Bavière, élu par le Congrès, serait immédiatement reconnu par la France ; la Prusse aussi se prononcerait sur-le-champ en sa faveur.

M. Rogier aborda ensuite la question la plus délicate.

a — Vous n'ignorez pas, » dit-il à M. Sébastiani, « quel mouvement éclate dans plusieurs de nos pro- » vinces en faveur de la France ; des pétitions arri- » vent de toutes parts au Congrès pour demander la » réunion (1) ; au sein môme de l'assemblée de nos » députés, un parti nombreux se déclare dans ce » sens; s'il venait à l'emporter, le gouvernement » français persisterait-il à nous dire : Mon, et à ne » pas vouloir de nous ?

» — Cette réunion, que peut-être nous désirons » autant que les Belges, est cependant impossible, »

(i) Un ancien membre du Congrès a fait remarquer que M. F. Rogier était bien mal renseigné ; qu*à [^exception d*un petit nombre d'industriels, personne en Belgique ne désirait la réunion à la France. {Histoire du royaume des Pays-Bas^ pir M. de Gerlache, t. U, p. 156.) — C'est à cette époque (6 janvier) que M. de Celles, vice-président du comité diplomatique, écrivait à M. Gendebien : « Lo parti français est renforcé de tous ceux qui craignent et à tort les prêtres. Ils ne sont pas dangereux, selon moi. Faut-ii détruire la liberté religieuse pour le fantôme du jésuitisme ? Je ne le puis croire... »

répondit le ministre français. « Elle amènerait néces- » sairement une guerre générale : jamais FAngleterre » n'y consentirait. Cette guerre, qu'il faudrait soute- » nir, ravagerait vos belles contrées, et chez nous » remettrait en question tout ce que nous avons » conquis par notre dernière révolution. Il y faut » renoncer. Si la Belgique venait s'offrir à nous, ou » QOQS demander un de nos princes pour roi, quelque > douloureux qu'il fût pour nous de prononcer un » refus, il le serait pourtant. Rien ne peut faire » départir le gouvernement de cette résolution.

» — Mais alors si chez nous le parti républicain » l'emportait?

» — Jamais vous ne seriez reconnus par les puis- » sances de l'Europe, et l'on aurait bientôt trouvé i> prétexte à une intervention dans vos affabres.

» — Et si les voix se portaient sur un citoyen belge » pour l'élever sur le trône ?

» — Les puissances verraient un tel choix avec » presque autant de déplaisir que l'établissement » d'une république, et vos espérances d'obtenir des » traités de commerce avantageux ne se réaliseraient » que très difficilement. Que la majorité de votre » Congrès, animé de ce bon sens et de cette sagesse » qui l'ont dirigé jusqu'ici, fasse un choix que tous » les anciens Ëtats de l'Europe puissent immédiate- » ment approuver. Le prince Othon, je pense, est » celui qu'il vous faut, et la Russie elle-même, malgré » ses liens de parenté avec la maison d'Orange, ne » tarderait pas à le reconnaître. »

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