ADVERSAIRES DE LA R&UNION
» guerre. » M. Lebeau appuie ensuite l'envoi de commissaires à Londres et à Paris. Il rappelle qu'il avait été question de donner pour roi aux Belges le prince Jean de Saxe, en réunissant à la Belgique les provinces rhénanes. Cette combinaison avait été agitée par le cabinet français, qui ne l'avait abandonnée que depuis peu de jours. II était désirable que (a France fût encore consultée sur cette réunion, et que les commissaires belges fussent autorisés à se prononcer nettement sur la candidature du duc de Leuchtenbei^ à Londres et à Paris. « Il faut, » poursuit l'orateur, « que nos commissaires fassent connaître notre proy> fonde répugnance pour tout ce qui ne nous ferait » pas sortir immédiatement du provisoire ; et si l'on » nous réduit à la dernière extrémité, déclarer que la » Belgique se constituera en république. La question » ainsi posée entre le duc de Leuchtenberg et la répu- » blique, il est possible que la France fasse de plus » sérieuses réflexions et change de détermination à » notre égard. »
M. de Gerlache s'efforça également de modérer l'élan irréfléchi qui se manifestait pour une réunion déguisée à la France; suivant lui, ce serait replacer la Belgique dans la position où elle se trouvait en 18t5. U s'oppose d'ailleurs à ce que ,1e Congrès s'occupe immédiatement de l'élection d'un chef de l'État ; avant de prendre une résolution définitive, il faut, suivant lui, obtenir la libération réelle de l'Escaut, l'évacuation de la citadelle d'Anvers et de Maestrlcht, puis encore la possession incontestée de Venloo.
Les membres du gouvernement, entrdnés par les dernières communications du Palais-Royal , s'étaient ralliés unanimement à la candidature du prince Othon de Bavière. Elle fut successivement défendue par MM. Ch. Rogier, F. de Mérode et A. Gendebien. Ce dernier déclara qu'il ne voyait pas d'autre combinaison possible, et il en fit valoir tous les avantages. Mais la candidature du prince Othon était peu populaire dans le sein de l'assemblée; on craignait les périls d'une minorité.
M. de Robaulx surtout s'éleva vivement contre une régence, et se rendit même l'écho des accusations que les mécontents dirigeaient contre le gouvernement provisoire.
M. A. Gendebien releva le gant. «... Nous avons » commis des fautes, » dit-il. « Mais qui n'en eût pas » commis à notre place? Le gouvernement provisoire » s'est installé à l'hôtel de ville de Bruxelles, ayant 0 pour tout mobilier une table de bois blanc prise » dans un corps de garde, et deux bouteilles vides » surmontées chacune d'une chandelle. Nos ressour- » ces, la caisse municipale renfermait fl. 10-36 ; et » c'est avec ces moyens que nous n'avons pas déses- » péré de la victoire, que nous avons commencé à » organiser en entier l'armée, l'ordre judiciaire, l'ad- » ministration des finances. Nous avons pu faire des » fautes, mais des gouvernements qui ont employé » quinze ans pour le même travail n'ont pas su s'en » préserver ; et comment n'en aurions-nous pas fait, » nous qui avons tout organisé en six semaines, et » pour ainsi dire au milieu du champ de bataille ?
APOLOGIE OU GOUVERNBBIBNT 4M
9 L'électiou du Congrès, l'installation du Congrès, » l'organisation de l'armée, la tranquillité rétablie, la » confiance que les provinces ont témoignée au Con- « grès national et au gouvernement provisoire, malgré » les basses intrigues, malgré les infâmes calomnies, » buits de quelques amours-propres froissés, de quel- » ques ambitions déçues, calomnies trop absurdes » pour nous atteindre, et auxquelles on ne donnerait » quelque consistance qu'en daignant les relever : » voilà, messieurs, quelle a été notre tâche ; et quoi » qu'en disent quelques esprits chagrins, je pense que 9 nous avons fait quelque bien et peu de mal. »
L'archiduc Charles d'Autriche, le prince Jean de Saxe, le prince de Wasa et d'autres prétendants avaient trouvé quelques adhérents dans le sein de l'assemblée. Mais ces candidatures avaient passé presque inaperçues lorsque, dans la séance du 12, M. Maclagan, député d'Ostende, monte à la tribune et s'exprime en ces termes :
«Nous avons beau discuter ici, c'est ailleurs que » notre sort se décidera. Souvenez-vous de notre A révolution de 1790. Les souverains ne consultèrent X» pas nos intérêts, mais les leurs. Il est une combi- » naison qui concilierait tous les intérêts et rétabli- » rait nos relations commerciales avec la Hollande. » Que nous importerait l'origine du prince que nous » choisirions? Nos institutions, notre «irmée, reste- » raient belges. Il n'y a... » On interrompt vivement l'orateur ; et plusieurs membres s'écrient : « — De qui parlez- vous? »
SOO CHOIX DU CHEF DE l'^TAT
M. Maclagan : « — Du prince d'Orange ! . • . »
L'assemblée est debout et proteste contre cet audacieux défl; elle exige que Torateur soit rappelé à Tordre.
« — Je rappelle à M. Maclagan, » dit le président, « qu un décret du Congrès a prononcé l'exclusion à y> perpétuité de la famille des Nassau* et qu'il manque » à Tordre en demandant le rappel d'un membre de » cette famille. »
M. Maclagan demande qu'il lui soit permis d'expliquer sa pensée, en lisant la dernière phrase de son discours: « Il n'y a », continue-t-il, « entre nous et » cette famille qu'un décret du Congres; que ce » décret soit rapporté ! ... »
« — Non! non! » s'écrie l'assemblée irritée. Des murmures, des imprécations, des huées couvrent la voix de Torateur orangiste qui est enfin obligé d abandonner la tribune (1).
Plusieurs députés opposent à la candidature du prince d'Orange celle d'un chef choisi en Belgique même. Cette opinion est soutenue particulièrement par quelques-uns des ecclésiastiques qui siègent au Congrès.
C'est alors que M. Devaux attire l'attention de l'assemblée indécise sur le prince Léopold de Saxe- Cobourg. Il sait, dit-il, la prévention qui existe dans l'assemblée contre un prince anglais ; il sait que tout
(1) Le 17 janvier, M. de Kyckere, député de Gaod, donna sa démission, en la motivant sur le mauvais accueil fait à M. Maclagan.
CHOIX DU CHEF DE l'êTAT iOi
ce qui touche à Finduslrie se soulève contre un parail choix; mais on oublie que le prince de Saxe-Cobourg n'est anglais que par alliance, et que, s'il s'alliait à la France, en acceptant la couronnede Belgique, il deviendrait plus français qu'anglais. D'ailleurs, l'histoire n'enseigne-t-elle pas qu'un chef d'État ne sacrifie point les intérêts du pays qu'il est appelé à gouverner à ceux d'un pays qui lui est devenu étranger? « L'opinion géné- » raie, » ajoute l'orateur, « est encore défavorable au » prince de Saxe-Coboui^, parce qu'elle se prononce » en faveur d'un catholique... Je ne puis concevoir
> l'exclusion d'un prince non catholique ; s'il est catho- » lique, c'est bien ; s'il ne lest pas, c'est bien encore, » et je dirai plus, si dans l'élection il pouvait y avoir » une préférence, elle devrait être pour un prince non » catholique ; car d'après les bases de notre future » constitution, il n'y a plus qu'une oppression à » redouter, c'est celle de la majorité. Toute notre orga- » nisation politique repose, en effet, sur le système » électif, et le système électif est le règne de la majo-
> rite. La majorité étant catholique chez nous, il serait » peut-être à désirer que le chef du pouvoir exécutif » ne le fût pas. »
Les conclusions de la section centrale n'avaient pas trouvé beaucoup d'adhérents. Les uns les repoussaient afin de s'affranchir de la tutelle des grandes puissances ; les autres pour ne pas faire peser des soupçons injustes sur les délégués du gouvernement provisoire. Le 13 janvier, l'assemblée décida par cent dix-sept voix contre soixante-deux qu'elle n'enverrait
SOS CHOIX DU CHEF DE l'ÊTAT
pas des commissaires à Tétranger. Elle rejeta aussi une proposition de M. Devaux, qui tendait à adjoindre quatre membres du Congrès au comité diplomatique pour se concerter avec lui sur toutes les mesures à prendre à l'effet d'éclairer l'assemblée dans le choix du chef de l'État.
Alors M. C. Rodenbach déposa une nouvelle proposition, par laquelle il demandait que le Congrès national fixât définitivement un jour pour procéder au choix du souverain. Une autre proposition de M. Duval de Beaulieu avait pour objet de charger les commissaires belges, envoyés à Londres, auprès de la conférence, de prendre et de transmettre au Congrès, dans le plus bref délai, des renseignements positifs sur tout ce qui pouvait être relatif au choix du chef de l'État en Belgique, soit sous le rapport du territoire, soit sous le rapport des intérêts commerciaux, soit sous le rapport des alliemces. Ils devaient s'assurer, en outre, et spécialement, si un accroissement de territoire au moyen d'échange, soit avec le roi de Saxe, soit avec le duc de Brunswick, soit par d'autres combinaisons, ne pourrait pas satisfaire au protocole du 20 décembre en établissant <c un juste équilibre en Europe, » et assurer « le maintien de la paix générale. »
Ces propositions, dont l'assemblée reconnut Turgence, furent renvoyées l'une et l'autre am^ sections.