CHAPITRE X
Le choix du prince qui serait appelé au trône de la Belgique devait avoir une graniie influence sur la fixation des lim tes du pays. Un bon choix était le seul moyen de clore la révolution et d assurer à notre pays une constitution territoriale en rapport avec le rang qu'il devait occuper parmi les États régulière^ ment établis. Mais cette question ne se compliquait pas seulement des prétentions opposées de la Belgique et de la Hollande, elle se rattachait en outre à loi^anisation générale de l'Europe et devait être forcément soumise à l'arbitra^ des grandes puissances. La Hollande faisait valoir les droits qui résultaient pour elle des traités de 1815 et les dangers qui pourraient menacer les autres États si les puissances légitimaient, par leur condescendance, la révolte des Belges; ceux-ci, remontés au rang des peuples libres, revendiquaient les limites qui leur appartenaient avant la perte de leur indépendance.
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Il faut rendre cette justice au gouverncmeut provisoire, qu'il soutint avec énergie et constance les droits de la nation : il voulait, en abandonnant le pouvoir, laisser la Belgique forte, heureuse et dans l'intégrité de son territoire. Tel fut le sens des instructions qu'il avait données aux commissaires belges a Paris et à Londres.
Pendant son dernier séjour à Paris, à la fin du mois de décembre 1830, M. A. Gendebien avait fortement insisté pour que le Luxemboui^ restât à la Belgique, en rappelant les précautions qui avaient été prises dans le dessein avoué de respecter les relations de cette province avec la Confédération germanique. « Vous avez parfaitement raison dans votre sens, » lui avaient répondu les m nistres français ; « mais la » Confédération germanique ne veut pas avoir Jes » Luxembourgeois Belges, faisant partie de la Confé- 3» dération; elle veut des Luxembourgeois Hollandais. D Elle ne veut pas accepter, pour membre de la » Confédération, un gouvernement provisoire plus » ou moins républicain par sa position ; elle » veut un chef, elle veut un souverain légitime. Mais 9 pouvons-nous exposer la France à une guerre » générale, pour résoudre une question qui se j» résoulra d elle-même avec le temps? Tâchez de » louvoyer, attendez que vous soyez constitués. » Lorsque vous aurez une forme de gouvernement » qu'on ne pourra plus accuser d'éti*e républicaine, il y> n'y aura plus de mDtifs qui puissent empêcher la » Confédération germanique de vous accepter dans
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» cette association (1). » On voit donc combien était lu^nt le choix dn chef de TÉtat ; on voit aussi que cette question était inséparable de la reconstitution de la Belgique.
Les démarches de MM. Van de Weyer etH. Vilain XIIII, arrivés à Londres le 1®' janvier 1831, n'avaient pas été moins pressantes. Le 6 janvier, ils avaient adressé à la conférence une note pour lui indiquer les uniques bases sur lesquelles il leur semblait possible d'établir un traité conforme aux véritables intérêts du pays et à la dignité d'un peuple qui avait su conquérir l'indépendance. Us réclamaient l'ancienne Flandre des états, Maestricht et le Luxembourg. Ils démontraient que la possession de la rive gauche de l'Escaut était nécessaire à la Belgique pour que la libre navigation de ce fleuve ne fût pas une stipulation illusoire.
Maestricht n'avait jamais fait partie de la république des Provinces-Unies, mais les états généraux y avaient exercé, depuis 1632, certains droits en concurrence avec le prince-évêque de Liège. On ne pouvait disputer cette possession à la Belgique avec quelque apparence de justice et de raison, d'autant plus que les Hollandais étaient détenteurs de toutes les indemnités qui leur avaient été données par le traité de La Haye du 16 mai 1795, en échange et de la Flandre des états et de leur portion d'autorité
(i) Cette conversation a été rappelée par M. Gendebien dans la séance de la Chambre des représentants du i6 mars 1839.
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daus Maestricht. Quant au Luxemboui^, cette province faisait partie intégrante de l'ancienne Belgique. Les traités qui lui avadent donné des relations parti* culières avec rAllemagne ne lui ôtaient pas le caractère de province belge. Le grand-duché de Luxembourg n'avait point formé un État séparé du royaume des Pays-Bas. En même temps que les citoyens des autres provinces belges, les Luxembourgeois avaient secoué le joug du roi Guillaume; leurs représentants ne siégeaient pas aux états généraux à La Haye, mais ils se trouvaient au Congrès national de Bruxelles, et, avec les autres Belges, ils avaient voté l'exclusion des Nassau.
Le cabinet anglais désirait, dès cette époque, que la Belgique fût non seulement indépendante, mais forte, mais heureuse ; car c'était, à ses yeux, le seul moyen d empêcher qu'elle devînt française. Et ce n'était point sans raison que lord Palmerston se méfiait des arrière-pensées des Talleyrand et des Sébastiani. — N'y a-t-il pas moyen, lui avait dit Talleyrand, de faire un arrangement par lequel le Luxembourg serait donné à la France ? — Très-étonné, lord PfiJmerston repartit qu'un tel arrangement lui paraissait impossible et que personne ne voudrait l'approuver. Lorsque Talleyrand demanda ensuite Philippeville et Marienbourg à la condition que la France userait de son influence pour assurer l'élection du prince Léopold de Saxe-Cobourg comme roi des Belges, Palmerston, dont la surprise augmentait, prit avec luimême la résolution de se méfier un peu plus encore