INTERVENTION DE SÉBASTIANI
hésitait entre Nemours et Leuchtenbei^, car ce dernier était devenu en quelques jours un concurrent redoutable pour le fiLs de Louis-Philippe.
Aussi le cabinet du Palais- Royal se montra- t-il infatigable afin de déjouer une combinaison qu'il considérait comme une menace pour la dynastie d'Orléans et pour la France de juillet. Le 23 janvier, M. d'Âerschot donna lecture au Congrès d'une dépêche qui venait de lui être communiquée par M: Bresson. Elle était adressée, à ce dernier, sous la date du 12, par M. le comte Sébastiani. « Le gouvernement de » S. M. , » disait le ministre de Louis-Philippe, « verrait, » dans le choix de M. le duc de Leuchtenberg, une » combinaison de nature à troubler la tranquillité » de la France. Nous n'avons point le projet de porter » la plus légère atteinte à la liberté des Belges dans » l'élection de leur souverain, mais nous usons aussi » de notre droit en déclarant, de la manière la plus » formelle, que nous ne reconnaîtrions point 1 elec- » tion de M. le duc de Leuchtenbei^. »
La lecture de cette dépêche, écoutée avec impatience, provoque une agitation extraordinaire. M. Lebeau se lève et dit : « Je demande l'impression de » cette lettre, non par égard pour la nature de la » communication qui vient de nous être faite, mais » pour qu'il soit bien constaté à la face de l'Europe que » la France renie le principe de sa propre existence, » qu'elle veut être indépendante et libre, et qu'elle » ne sait pas respecter la liberté et l'indépendance des » autres nations! » Des applaudissements éclatent
9i8 INDIGNATION DU CONGRÈS
dans rassemblée et dans les tribunes. M. Devaux demande aussi Timpression, afin que M. Sébastiani, qui a nié ses communications olficieuses, ne puisse pas nier ses communications officielles, afin qu'on sache que la France ne reconnaît plus le principe de non-intervention. « Quoi ! » s'écrie-t-il, » on ne recon- » naîtra pas le roi que la Belgique veut se donner, et » on ose dire que notre choix est libre ! Quelle est donc » cette liberté qu'on nous reconnaît et dont on veut » nous empêcher de faire usage? Quelle est cette poli- » tique insultante qui se joue des promesses faites à » la face des nations, et qui nous refuse le droit de » choisir un roi ? La France a-t-elle oubhé sitôt la » crise à laquelle elle doit sa liberté ? Quand elle a » voulu élire le duc d'Orléans, ne l'a-t-elle pas fait en » vertu du principe qu'elle nous dénie ? A-t-elle con- » suite les nations étrangères? Aurait-elle soiilTert » que les rois de l'Europe vinssent lui imposer leurs » répugnances?» M. de Robaulx dévoile complètement le but que les orateurs précédents ont seulement indiqué. Il prétend, il soutient que la France veut imposer le prince d'Orange aux Belges... Quelques membres font un signe négatif. — a Oui ! oui ! » s'écrient d'autres députés. L'assemblée tout entière est debout et dans une inexprimable agitation. — « Oui, le prince d'Orange I » reprend M. de Robaulx. a C'est là ce que veulent les puissances, et le gouver- » nement français s'associe à leurs coupables vœux. » Je proteste contre une telle conduite ; je la dénonce » à la nation française... » M. Lebeau croit également