‹ Le connétable de Bourbon, 1490-1527Chapitre 110 sur 366 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

déforme en même temps le texte au sujet de la descendance masculine ; ce texte porte simplement: << A défaut d'hoirs mâles » ; Lizet ajoute : « Faute d'hoirs mâles en ligne directe >^. Pour le réquisitoire qu'il prononça ensuite en mars, il agit de la même manière; il néglige cette fois le passage oii il est expressément déclaré que la seigneurie de Bourbon est un fief héréditaire et patrimonial. « En ce même plaidoyer, dit Laval, est une autre remarque notable qui fait voir que tout le monde montroit sa passion contre ce pauvre prince M. de Bourbon, et que M. Lizet, lors avocat général, étendoit la courroie des textes pour faire réussir Tintention du roy, son maître, laquelle n'étoit qu'une et môme avec celle de M""" Loyse, sa mère. Car, comme il voit qu'il n'y a aucun moyen d'impugner la cause du contrat de mariage, fait par le duc de Loys, de Jean de Bourbon, son lils, avec Marie de Berry, il va, rovant autour des mots... »

Ce qui suit est excessivement important; là est en etfet l'iniquité absolue, indéniable, que tous les historiens de bonne foi ont reconnue'. « Au pladoyer dudit sieur Lizet, du lendemain 17 mars, on voit comme le roy, incontinent après la mort de M'"' Suzanne, fit saisir le comté de la Marche, Cariât, Murât, prétendant que la permission accordée au duc Pierre pour sa fille fut finie en elle, et qu'il n'enavoit pu jouir à autre titre... » Ainsi, avant môme que le procès ne fût nettement engagé, le roy fait déjà saisir des terres qui appar-

I. Voir E. Lavisse, Nouvelle Histoire de France, éd. déjà citée, p. 220. — Dans Notices et Documents, etc. (ouvr. déjà cité), Paris, 1884, on lit (p. 312, la succession du connétable de iJourbon) : « ... Malgré les titres incontestables que conféraient à Charles de Bourbon la substitution de 1400 et les clauses insérées dans son contrat de mariage avec l'approbation de Louis XII, ainsi que les dispositions testamentaires de sa femme, malgré les titres que pouvait subsidiairement invoquer la duchesse Anne, douairière, Louise de Savoie..., etc. » Mignet parle ainsi : « Le double droit du connétable ne paraissait pas douteux ; il lui était assuré par la loi monarchique des apanages en ce qui concernait les grands fiefs de sa maison, restés ou devenus masculins, par la loi romaine et par l'usage en ce qui concernait les possessions dont les femmes pouvaient être héritières ou donatrices. »

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tiennent à Bourbon. Bien plus, pendant le procès même, et avant qu'il ne soit terminé, il va donner à sa mère la haute et basse Marche, et faire prononcer la mise sous séquestre de tous les bien de Bourbon. — Au sujet de ces interminables disputes ou des traités révolus acceptés depuis longtemps et établis se trouvent subitement révoqués, on peut citer ce que dit Pasquier à propos du duché de Nevers : « J'estime que l'arrêst estoit juste, encore qu'un espinocheur pourroit par avanture dire qu'il n"y avoit pas grand lieu de séquestrer... quand un arest est passé, je seray des disciples de Pythagorras : Il l'a dit, doncques il faut y ajouter foi. »

Les arguments employés par les avocats royaux sont assez faibles et n'auraient pas prévalu s'ils n'avaient eu derrière eux, pour les soutenir, le roi luimôme. Lizet et Poyet s'efforcent de leur mieux à en ensevelir la nullité sous toute une série de phrases pompeuses que Laval appelle pittoresquement une « prodigieuse farragine d'allégation de droits ». Une seule subtilité vraiment adroite fut de faire remarquer que le comté de Clermont, du temps de Philippe- Auguste, se trouvait entre les mains du roi d'Angleterre qui l'avait acquis par sa femme ; le comté revint ensuite à saint Louis parle mariage de Philippe-Auguste et de Mahau, fille de Renaud, comte de Bourgogne, qui eurent une fille du nom de Jeanne, dont saint Louis se trouvait cousin germain. Le roi donna ce comté de Clermont avec l'Anjou et le Maine à son frère Charles qui fut roi des Deux-Siciles. La fille de celui-ci épousa Charles de Valois; son fils, Philippe de Valois, eut en partage le Valois, l'Anjou et le Maine, et donna les autres terres ainsi qu'Alençon à son frère. Philippe fut roi, mais, après son avènement,, fit cadeau de l'Anjou et du Maine à Louis P'', duc d'Anjou. Ensuite, « Philippe le Bel bailla à Charles le Bel, son tiers fils, le comté de la Marche, comme il

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