‹ Le connétable de Bourbon, 1490-1527Chapitre 114 sur 366 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

voir quel événement auroit cette cause. » Lorsqu'il comprit la tournure qu'elle prenait, il envoya vers Bourbon son prévôt d'Utrecht, Philibert Naturelli, qui lui servait d'ambassadeur en France. « Monsieur, dit alors ce dernier au connétable, vous êtes maintenant à marier; l'empereur mon maître qui vous aime, a une sœur dontj'ai charge de vous parler si vous y voulez entendre '. » Le connétable se contenta de faire remercier Charles-Quint sans lui donner de réponse définitive. Il allait ainsi contre l'avis de sa belle-mère qui, avant de mourir, lui avait conseillé ce mariage en lui faisant observer qu'il n'avait pas, maintenant, de meilleur ami que l'empereur, « Mon fils, lui avait-elle dit, considérez que la maison de Bourbon a été alliée de la maison de Bourgogne et que, durant cette alliance, elle a toujours fleuri et été en prospérité. Vous voyez à cette heure-ci les affaires que nous avons et le procès qu'on vous met ne procède que à faute d'alliance. Je vous prie et commande que vous saisissiez l'alliance de l'empereur. Promettez-moi d'y faire toutes les diligences que vous pourrez et j'en mourrai plus contente- ». Une fois le procès engagé, lorsqu'il fut certain de la tournure qu'il allait prendre, pendant l'été de 1522, le connétable envoya vers l'empereur lui demander s'il souhaitait

1. Mss. Dupuy, n° 484. f° 230 r° et v". — Interrogatoire de l'évêque d'Autun ; — cité dans : Histoire des ducs de Bourbon, de La Mure.

2. Cité par Mignet qui écrit lui-même au sujet des conseils d'Anne de France : « La 'ille de Louis XI, qui avait gouverné le royaume de France pendant la jeunesse de son frère Charles VIII en maintenant à l'autorité sa force et au territoire ses agrandissements, avait changé de maximes en changeant de position. La duchesse de Bourbonnois ne pensait plus comme avait agi la régente de France. Elle chercha des appuis à la grandeur de la maison dans laquelle elle était entrée et dont l'édifice était près de crouler par la mort de sa fille Suzanne. Ce qu'avaient fait tous les grands feudataires du royaume, ce qu'avaient fait tous les princes de sang royal lorsqu'ils étaient en opposition d'intérêt avec la couronne, ce qu'avaient fait récemment encore les ducs de Bourgogne, les ducs de Bretagne et Louis XI n'étant que dauphin, et ce qui devait se faire pendant le cours du xvi° siècle et jusqu'au milieu du xvir, par les rois de Navarre, les ducs d'Orléans et les princes de Condé, elle le conseilla au connétable, son gendre, avant de mourir » (p. 357).

toujours le mariage qu'il lui avait fait proposer. Ce fut d'Escars, seigneur de la Vauguyon, très dévoué à Bourbon, qui se mit en rapport avec Adrien de Groy, seigneur de Beaurain^(( Le connétable ne désirait pas seulement de s'allier à Charles-Quint, il proposait de se révolter contre François P"'. Victime de l'injustice royale, il se présentait comme le futur libérateur de son pays; il s'élevait contre le gouvernement désordonné, arbitraire, onéreux d'un prince plongé dans les plaisii-s, livré aux emportements de ses passions, et il se disait résolu à réformer l'État et à redresser l'insolente conduite du roi... 2 » Bourbon n'avait évidemment pas le droit de réformer la France en appelant l'étranger; il savait bien qu'il serait forcé de payer son alliance et qu'elle entraînerait la diminution du territoire français ; mais, d'autre part, il était forcé de parler comme il le faisait afin d'obtenir l'alliance; il risquait de se la voir refuser s'il n'offrait rien en échange. Le parti delà vengeance une fois pris, il ne pouvait reculer ni souhaiter autre chose que la réussite; et, pour cette réussite même, il devait employer tous les moyens.

François 1" apprit les rapports du connétable et de l'empereur. On se demande même pourquoi, en

1. On a prétendu que c'était au moment de FatTaire de Thérouanne et que d'Escars avait obtenu de Ciiabot de Brion, favori de François 1", la permission d'aller trouver Beaurain, sous le couvert de traiter avec lui de l'échange d'une terre qu'il possédait en Flandre (Déposition de Pérot, seigneur de Warty, 17 septembre 1323, mss. Dupuy, n" 484, f" 37 v° et 38 r". — Instructions données par Henri VIII à Th. Boleyn et à Richard Sampson, envoyés auprès de l'empereur en octobre 1322 : State papers, t. VI, p. 104, Londres, in-4<', 1849). Mais l'allaire de Thérouanne était en 1321 : il y a donc là une erreur. D'Escars a très bien pu prendre un prétexte quelconque pour s'en aller; mais, puisque ce lut en 1322, il n'y a pas moyen de mêler cette affaire à celle de M""" de Reux. La'^ confusion de M. Paris vient de ce qu'il y eut deux sièges de Thérouanne, un où les Impériaux étaient dans la ville, le premier, un autre où c'était notre tour d'y être enfermés, le second.

2. Mignet, ouvr. déjà cité. — State papers, p. 103. — Plus tard, en 1323, le 14 janvier, l'ambassadeur d'Angleterre à Madrid. Thomas Boleyn, de la part de l'empereur, fit connaître à Henri VIIl l'état des choses: et le cardinal Wolsey répondit à Boleyn en louant le « vertueux prince Charles de Bourbon qui, voj'ant la mauvaise conduite du roi et l'énormité des abus, veut réformer le royaume et soulager le pauvre peuple ».

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