LIVRE II
que, si je passe outre, ils ne répondent pas de ma vie. Je me sens plus mal encore qu'ils ne disent. Et mon chagrin n'est pas de mourir, comme je ne puis l'éviter avant trois jours, mais de ne pouvoir servir le roi. Je vais reprendre lechemin de mon air naturel, comme me le conseillent les médecins. Dites au roi que, si je retrouve un peu de santé, j'irai vers lui'. » Warthy avoua sa surprise et le mécontentementcertain qu'éprouverait François I" à cette nouvelle ; « Il en sera terriblement marry ' ». Warthy entendit aussi parler autour de lui du dépari du connétable pour Gayete-^, le jour même, à quatre lieues en arrière, ce qui lui parut étrange. Il rejoignit le roi au plus vite, si vite même qu'il arriva le soir à minuit. François I", cette fois, comprit ce qu'il en était. Sur-le-champ, et malgré l'heure, il fit arrêter Saint- Vallier qui, lesoirmême, avait soupe avec lui, et qui commandait 100 gentilshommes de sa maison, Aymard de Prie, Antoine de Chabannes, l'évêque du Puy, et quelques autres qu'il soupçonnait également. Une dernière fois, en même temps, il renvoya Warthy vers le connétable, afin de lui dire jusqu'à quel point le roi trouvait étrange qu'il eut assez de force pour retourner à Moulins et qu'il en manquât pour se rendre à Lyon. Warthy devait ajouter que son maître n'avait pas voulu croire jusqu'à présent aux plans de trahison qui lui étaient attribués, mais qu'il en serait désormais certain en voyant l'empressement qu'il mettait à se dérober; à Moulins, lors de leur rencontre, il ne lui avait déclaré que la moitié de ce qu'il savait parce qu'il ne pouvait pas penser le reste vraisemblable ; et c'est pour cela qu'il ne l'avait pas fait arrêter comme il en avait le droit et le moyen. Il le conjurait en cet instant suprême de songer à son honneur et de se justifier;