‹ Le connétable de Bourbon, 1490-1527Chapitre 181 sur 366 · LIVRE IH · texte numérisé non relu

LIVRE IH

Bonnivet sur sa droite, là où il était le plus faible, et s'empara de Sartinara avant mC'me qu'il put s'en approcher, bien quil se fût avancé jusqu'à Mortinara pour la secourir: en même temps, il lança la garnison de Milan, renforcée d'une foule d'habitants armés, sur Abbiate-Grasso qui se trouvait découverte et qui fui prise ; le reste de l'armée, pour serrer de plus en plus l'amiral, remonta ensuite jusqu'à Verceil sur la Sésia. Bonnivet craignit d'avoir sa retraite coupée et recula jusqu'à Novare. Il s'y établit, comptant qu'il serait bientôt rejoint par les Suisses descendus des Grisons et les autres secours demandés en France ; — les uns et les autres lui manquèrent. Les Suisses, conduits par Dietingen de Salis, débouchèrent dans le Bergamasque mais, ne trouvant rien à Chiavenna, ni argent pour les solder, ni infanterie pour les soutenir, ni cavalerie pour les escorter, repartirent; Frederico da Bozzolo, en effet, n'avait pu sortir de Lodietallerà leur rencontre, tout le pays étant occupé et battu par Jean de Médicis qui, en môme temps, libre de ce côté, se retourna sur les Suisses et les contraignit à rebrousser chemin. L'armée impériale voyait donc sa situation s'améliorer sans cesse au lieu que l'armée française se trouvait de plus en plus à bout. Quel orgueil pour Bourbon que d'acculer ainsi l'homme qu'il exécrait 1

Bonnivet continuait à reculer. 11 quitta Novare, précédé par le maréchal de Montmorency, moribond et se faisant porter en litière, et gagna la Sésia. Il remonta jusqu'à Romagnano, toujours suivi par les Impériaux. II traversa la Sésia, grossie par les pluies et fort dangereuse ; il le fit de nuit, avec désordre et en perdant beaucoup de monde. La Sésia franchie, la retraite continua, plus mouvementée, les corps les plus avancés des Impériaux étant maintenant sur l'arrière-garde, conduits directement par Bourbon et Pescaire. C'est dans un de ces nombreux combats qui lurent alors livrés que Bonnivet, assez grièvement

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blessé au bras d'un coup d'arquebuse, dut abandonner le commandement de l'armée au comte de Saint-Pol ■et au chevalier Bayard K

Bayard résolut de défendre la retraite et de protéger l'armée en se mettant lui-même à la tète de l'arrièregarde. La campagne avait été souvent sans merci et, de jour en jour, devenait plus violente. Jean des Bandes Noires était connu pour ne pas faire quartier, <3e qui amena des représailles -. Maintenant il s'agissait de sauver l'armée entière d'une ruine qui menaçait d'être totale. Lannoy venait d'envoyer de 10 à 12.000 chevau-légers et de 7 à 800 arquebusiers contre l'armée française et il arrivait lui-même à la rescousse. Bayard soutint la charge. Il avait non loin de lui le seigneur de Vandenesse, frère du maréchal de La Palice, qui fut tué. Bayard reçut un coup d'arquebuse à travers le corps ; ses soldats s'efforcèrent alors de l'entraîner dans leur retraite, mais, quoique blessé à mort, il (( ne le voulut jamais consentir, disant n'avoir jamais tourné le dos à l'ennemy •'. » Il se fit descendre

1. Mignet nous apprend qu'il y a sur tout ceci un assez grand nombre de lettres de Bourbon, de Lannoy et de Beaurain aux Archives de Vienne; 1"% 20 février; 6, 15, 16, 18, 27, 28 mars; 17, 18, 20, 23 avril; 2, 3, 5, 24, 26 mai. — Voir : Du Bellay, p. 392-394 ; — Guichardin, liv. X; — G. Capella, liv. III ; — Hottinger, Histoire de la Confédération Suisse, vol. X, liv. VIII, chap. v; etc.

2. Du Bellay raconte à ce sujet (p. 392), le fait suivant; mais ses appréciations sur les Espagnols me semblent être partiales: « ... Le seigneur Jean de Médicis estant en campagne, rencontra 200 Suisses des nostres qui estoient allés au fourrage, lesquels, ne se sentant nombre suffisant pour le combattre, se retirèrent en lieu fort ; mais, après s'estre rendus audit seigneur Jean la vie sauve nonobstant la foy à eux baillée, les feit passer au fil de fépée. Les Suisses, irrités de cet outrage, demandèrent à M. l'admirai qu'il leur permist de faire la mauvaise guerre, laquelle, pour les contenter, leur accorda; de sorte que, durant trois semaines, aucun des ennemys ne tomba entre les mains desdits Suisses qu'il ne fust massacré ; et, s'il s'amenoit quelques prisonniers en nostre camp, il leur estoit permis de les tuer. Si nous eussions continué ce train, il est apparent (|ue la tin de la guerre eust esté à nostre proffit ; car naturellement l'Espagnol craint plus la mort qu'autre nation, et va plus à la guerre par avarice que pour autre occasion ; et où il cognoist qu'il y a plus de perte que de gain, peu ou point il se basardera. Je parle de la plus grande part et non de tous. »

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