Du Bellay, p
print son espée par la poignée, et baisa la croisée, en signe de la croix; et en disant tout haut : Miserere 7nei, Deiis seciindum magnam misericordiam tuam^ devint incontinent tout blesme comme failly des esperitz et cuida tumber; mais il eut encores le cueur de prendre Tarson de la selle, et demoura en cest estât jusques à ce que ung jeune gentil homme, son maistre d'hostel, luy aida à descendre et le mit soubz ung arbre. Ne demoura guère qu'il ne feust seu parmy les amys et les ennemys que le capitaine Bayart avoit esté tué d'ung coup d'artillerie dont tous ceulx qui en eurent les nouvelles furent a merveille desplaisans. Quant les nouvelles furent espandues parmy les deux armées que le bon chevalier avoit esté tué ou pour le moins blessé a mort, mesmement au camp des Eispagnolz, combien que ce feust l'ung des hommes du monde dont ils eussent greigneur craincte, en furent tous gentilshommes et souldars desplaisans merveilleusement, pour beaucoup de raisons; car quant en son vivant faisoit courses, et il en prenoit aucuns prisonniers les traictoit tant humainement que merveilles, et de rançon tant doulcement, que tout homme se contentoit de luy.
Hz cognoissoient que par sa mort noblesse estoit srandement atïoiblie: car, sans blasmer les austres, il a esté parfaict chevalier en ce monde. Faisant la guerre avec luy s'adressoient leurs jeunes gentilzs hommes; et doit ung de leurs principaulx cappitaines qui le vint veoir devant qu'il rendit l'âme, nommé le marquis de Pescare', une haulte parolle à sa louenge, qui fut telle en son langage : « Pleust à Dieu, gentil sei- « gneur de Bayart, qu'il m'eust cousté une quarte de (( mon sang, sans mort recevoir, je ne dusse manger « chair de deux ans, et je vous tiensisse en santé mon « prisonnier; car, par le traictement que je vous