‹ Le connétable de Bourbon, 1490-1527Chapitre 189 sur 366 · Du Bellay, p · texte numérisé non relu

Du Bellay, p

2. Bonnivet était tellement en faveur et naturellement courtisan qu'il réussit à n'être même pas réprimandé à la suite de son échec : « L'accueil que la cour fit à Bonnivet fut bien différent de celui qu'elle avait fait à Lautrec l'année précédente; et le pouvoir qu'avait la mère du roi sur son fds, et la souplesse d'un parfait courtisan comme Bonnivet ne parurent jamais mieux que dans une si délicate conjoncture. Bonnivet qui, par tant de fautes remarquables, venait de ruiner une armée de 30.000 hommes, fut reçu avec im aussi bon visage que s'il eût recouvré le Milanais; et l'on ne lui donna la première place dans le Conseil que l'on appelait alors étroit qu'après lui avoir fait des e.xcuses de ce qu'il ne se présentoit rien de meilleur pour reconnaître l'importance de ses services. Il contribua lui-même beaucoup à soutenir sa fortune en persuadant le roi que sa retraite étoit plus belle (|ue celle des Dix mille Grecs sous Xénophon qui, s'étant sauvés de la bataille où le jeune Gyrus avoit été tué, traversèrent cinq cents lieues de pays ennemis sans pertes, quoique l'armée de Perse fut presque toujours à leurs trousses ; et, comme il n'osoit accepter pour la campagne suivante le commandemeni des armées françoises en Italie qui l'auroit exposé à la risée publique et qu'il ne pouvoit néanmoins soulfrir que d'autres lui succédassent, de peur que s'ils étoient heureux ils ne le supplantassent, et s'ils étoient malheureux, il ne chercha à s'excuser, en mettant dans tout leur jour les fautes de la précédente campagne, il se servit d'un expédient qui fut la source de toutes les infortimes qui arrivèrent ilepuis aux Français, de là les Alpes. Il remontra à François 1" ([u'il étoit fatal au duché de Milan de ne pouvoir être ni soumis ni repris que par les rois très chrétiens lorsqu'ils s'étoient trouvés en personne à la tête de leurs armées; et que, comme il avoit été conquis la première fois par Louis XII et la seconde par Sa Majesté, il ne seroit i>oint aussi recouvré la troisième fois, si elle ne se mettoit à la tête d'une armée si puissante que les impériaux n'osassent tenir la campagne devant elle. » (Varillas, t. I, p. 301.)

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