LIVRE III
en Ici montaigne tellement que sans i\I. de Bourbon et M. le marquis qui défendirent lesdites gallères avec quelques gens de guerre et votre armée de terre, elles estoient perdues, et vous asseure que si vous eussiez veu mondit seigneur de Bourbon, vous l'eussiez estimé un des hardis gentilsliommes qui soient sur la terre... Et voyant toutes les gallères de France qui venoient pour prendre les trois vôtres, commanda au marquis et à moy en garder chacun une et que il garderoit l'aultre ; et pour ce faire nous monstrale chemin, car il entra dedans ladite gallère et quand il fut dedans il commença à cryer qu'il suplioit à tous vouloir gartler votre honneur, celui d'Espagne el du camp... 11 n'est possible de voir une plus brave chose, car je vous asseure que cops de canons et de hasquebutes n'y failloient pas... ^ ». Son artillerie et quelques-unes des troupes qu'il attendait l'ayant rejoint, après s'être arrêté vingt jours dans ce camp de Saint-Laurent, Bourbon entra en Provence sans rencontrer de résistance véritable comme il s'y attendait. Vence, Antibes, Cannes, Grasse, Fréjus, Draguignan, Lorgnes, Hyères, Cotignac, Brignoles, et Tourves se rendirent à lui. Avant d'arriver à Aix, à deux lieues de la villes, il vit venir les consuls qui lui en apportoient les clefs sur une simple sommation. Il y entra le 9 août, reçut le serment des magistrats et prit le titre de comte de Provence'^. Tout le long de la route, il ne cessait de presser l'empereur par ses dépêches de faire avancer l'armée de Catalogne qui devait se réunir à la sienne sur les bords du Rhône. « Monseigneur, disait-il ^ je vous suplie haster vous, se pendant que le roy de Franse n'est en gros équipaige, quar il fayt grande diliganse
■1. Charles-Quint savait d'ailleurs à quoi s'en tenir sur le connétable ; selon Brantôme, il ne reconnaissait que trois hommes de guerre véritables : lui-même, Bourbon et le duc d'Albe.
2. Lettre de Bourbon à l'empereur, 10 août (Arc. de Vienne, citées par Mignet}.
3. Lettre du 26 juillet. — La Mure, éd. déjà citée, t. IIl. p. 2G7.
(Je faire lever Siiysses et Allemans qui ne sont ancoures ansamble, mais il fayt ses diligances ; car se voz Allemans et Espaignos estoit joyns aveques nous, nous serons sufisans pour combatre toute la puysance du roy, queque nombre qu'il peut avoyr, et, avesque Fayde de Dieu qui mayntyent toujours les bonnes et justes querelles, d'avoyr totalle vitoyre ; je vous anay, ses jours passés, aultant mandé ; je vous suplye très humblement vouloir fayre fayre diligance de fayre marcher vos gans ». Bourbon comptait absolument sur la diversion du roi d'Angleterre : « Les Anglois doivent estre descendus, écrivait-il le 10 août à Tempereur, car aultrement il feroit faulte en nostre affaire ^ ». Le chevalier Gregorio Casale était venu le trouver, porteur d'une lettre de Wolsey qui lui annonçait l'arrivée très prochaine de sir John Russel, apportant l'argent que devait lui fournir Henri \ III '\ « Le roi, assurait-il, envoie un grand nombre de chevaux et d'hommes de pied à Douvres pour être transportés à Calais, se réunir avec la cavalerie bourguignonne et les lansquenets des Pays-Bas. Suivi de son armée, il pénétrera en peu de temps, si le cas le requiert, jusqu'au cœur du pays, comme l'Empereur doit y entrer du côté de l'Espagne, ce qui fera que, de son côté, le duc de Bourbon trouvera peu de résistance en marchant en avant. Bourbon s'était avancé sur la foi de la double promesse de Charles-Quint et de Henri VIII; mais, parvenu à Aix, il n'eut aucune nouvelle ni de l'armée espagnole ni de Tarmée anglaise. Sans avoir reçu le renfort de l'une et appris la descente de l'autre, il eût été téméraire de se diriger vers Lyon ^ ».
Bourbon, Richard Pace et Pescaire décidèrent de renvoyer le chevalier Casale en Angleterre pour demander que les troupes de Henri VIII opérassent immé-