LIVRE III
diatemment au nord-ouest de la France ; Bourbon, en les attendant, irait mettre le siège devant Marseille. On se résolut à ce siège prévu hasardeux parce que l'on pensait mauvais de rester dans l'inaction avaut l'arrivée des Anglais et des Espagnols, et surtout à cause de l'avantage qu'il y aurait pour l'empereur, à posséder ce port destiné à le rendre maître de la ^léditerranée en lui ouvrant le passage de Barcelone à Gênes: les autres conquêtes de Provence seraient ainsi soutenues et l'armée d'invasion aurait des subsistances assurées lorsqu'elle s'avancerait sur Lyon ; enfin, la prise d'une ville aussi forte intimiderait certainement les autres places, et le roi de France, s'il voulait cette fois la secourir, serait forcé de livrer bataille ; au cas où il serait vaincu c'était pour lui la ruine, car il ne pouvait plus alors couvrir son royaume '. Deux capitaines chargés d'aller examiner les défenses de Marseille revinrent en les déclarant très dangereuses et très puissantes. Dans la nuit du 14 août, Bourbon, Pescaire et 2.000 Espagnols parcoururent à leur tour les dehors de la place et constatèrent également les difficultés de l'entreprise; il s'y décidèrent cependant. Le 19 août, Bourbon parut devant Marseille à la tête de l'armée impériale et la fit cerner ~.
Marseille se dressait alors sur un coteau assez spacieux à l'accès difficile. « Au sud, elle descendait jusqu'au port dont elle couvrait tout le bord septentrional sans s'être jetée encore vers le bord méridional où s'élevait l'antique abbaye de Saint-Victor. A l'ouest, elle longeait le rivage de la mer dont les flots la baignaient en plusieurs endroits. Au nord, elle remontait
1. Lettres de Pace à Wolsey, 26 et 31 août; — Vitellius, B. VI, f" J93.
2. Dépèche de Pace, du ol'^aoùt (/(/.). — Note de Mignet : Dans un journal manuscrit du siège de .Marseille par Honorât de Valhelle qui prit part à la défense de la ville, il est dit à la date du 19 août : « Lo camp del dich Borbon ambe lo dich de Pescairo torneron devant Marseilla, los qualo foron festegas de nostro artillerie et de los galleros que leu tueron plusors de leu gens. ^> — Nous suivons Mignet qui s"est lui-mèuie servi de cet Honorât de Valbelle pour le récit du siège.
242 LE COMNÉTAISLE DE KOLRBON
en amphithéâtre au sommet de la colline que couronnaient ses tours et ses murailles, à 12 ou 1.500 pieds desquelles étaient construites la chapelle et la léproserie de Saint-Lazare. Elle formait du côté de Test une ligne sinueuse qui, de la porte d'Aix, aboutissait en se courbant à l'extrémité intérieure du port. Ni le Cours, extension de cette ligne, ni la Cannebière n'existaient encore. Ainsi resserrée, se déployant en étages sur un terrain montueux que la mer protégeait des deux côtés et qu'entouraient des deux autres des murailles flanquées de bastions garnies de tours précédées de fossés, la ville de Marseille pouvait soutenir un long siège pour peu qu'on lui donnât le moyen et qu'elle eût la volonté de résister •. » Or, dès le mois de juin, avant que les Impériaux ne franchissent les Alpes, François P' y avait envoyé le commissaire Mirandel pour vérifier les fortifications et les augmenter là où il le jugerait nécessaire ; et Mirandel avait fait abattre les deux couvents des Dominicains et des Frères Mineurs, ainsi que les trois églises de Saint-Pierre, de Sainte- Catherine et de Notre-Dame-de-Bon-Voyage dont les édifices, trop rapprochés de la ville, auraient secondé l'attaque et gêné la défense ; ])our la même raison, il avait fait raser et niveler les faubourgs, les jardins et les maisons de plaisance qui s'élevaient à un tir d'arquebuse des deux côtés de l'est et du nord, par où seulement la place pourrait être abordée et assaillie. Les Marseillais, chose assez remarquable, étant donné qu'ils n'étaient réunis à la couronne de France que depuis quarante ans, consentii'ent à tout et travaillèrent euxmêmes à ces démolitions. Ils déterrèrent les morts ensevelis dans les trois églises et les portèrent en procession avec l'image de leurs saints dans l'enceinte des murs-. — Vers le commencement de juillet, la garni-