LIVRE I
pouvaient même avoir croisé le fer contre le roi ou les princes de sa maison. Brantôme, lorsqu'il était à Lyon, de service auprès de Henri IIl, avait entendu la fière réponse du baron de Montbrun, chef des protestants dauphinois: «Nous sommes en guerre, disait-il, et je ne connais plus les ordres du roi lorsque j'ai le cul sur la selle. » Remarquons encore quà cette époque la patrie était un mot à peu près vide de sens ; on ne connaissait guère alors cet être de raison, ou bien il fallait le confondre avec l'amour du souverain et la France avait pour rois Charles IX et Henri IIH. » Elle a ici François I" et, pour certains, cela est contre le connétable, car, malgré ses travers, peut-être même à cause d'eux, le roi-chevalier est charmant. Il faut dire que Thomme qui vous blesse, fùt-il le plus exquis, ne peut jamais être que déîesté; et François 1"', inlluencé par sa mère, avait profondément atteint le vainqueur d'Agnadel. Le connétable demeurait, de plus, dans une situation sans issue pour quelqu'un qui ne veut pas de la résignation, — et comment lui tenir rigueur d'une vertu pareille? Brantôme a dit fort justement : <■ Yrayment, voylà de braves philosophes scrupuleux! Leurs hèvres quartaines! Et cependant que je feray ainsy du sot et du réformé, qui me nourrira? Au lieu qu'exposant mon espée au vent, elle me donne bien à manger et une très belle et bonne réputation. Et, la tenant à l'abri et couverte d'unfoureau, je meurs de faim et vis comme une beste, sans gloire et sans honneur. — Qu'eustfaict M. de Bourbon s'il n'eust faict ce qu'il fit? Enfin il fust été
1. Je ne partage pas, pour ma part, le mépris que cette phrase semble annoncer, surtout envers Charles IX i|lh a eu bien plus de mérite qu'on ne le pense. La mort de Colignyfut sans doute déplorable, mais elle était fatale : il faut se rendre compte de son caractère intraitable, des gens qui agissaient derrière lui, grâce à lui, et que l'intérêt du royaume primait tout. La Saiiit-Barthélemy fut logique en somme, bien que terrible; les protestants Tavaient rendue nécessaire: il fallait, en effet, ou les subir ou les supprimer. — Charles IX couronna Ronsard.
prisonnier, et luy eiist-on faict son procès et couper la teste comme on avoit faict au connétable de Saint-Pol et déshonoré pour jamais, et luy et les siens. Au lieu qu'il est mort très glorieux, si jamais grand mourut, ayant vengé ses injures et offenses, pris son roy en bataille rangée qui le vouloit faire mourir, et fut bien receu, et trouva des courtoisies^ aux pays étrangers, que le sien propre lui avait desniées. En quoy est bien vray ce qu'on disoit anciennement :
Omne solum forli patria est, ut piscibus œquor.
c'est-à-dire : toute terre est terre et tout pays est pays, et pareil et tel, à un homme généreux ', comme toute mer lest aux poissons^. » Le terrible et merveilleux Montluc, héros toujours fidèle, s'exprime ainsi dans ses Commentaire >i : « Le sieur de Bourbon, pour un dépit^, s'est tourné du côté de l'Empereur: il n'y a rien qu'un grand cœur n'entreprenne pour se vengera >> Cette déclaration-là, venant d'un homme pareil et qui a vu les faits, vaut plus qu'un pardon''. Bourbon fut admiré par Henri IV". Frédéric II, après ses premières