‹ Le connétable de Bourbon, 1490-1527Chapitre 204 sur 366 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

la mer, quatre gros canons furent enterrés et d'autres pièces envoyées à Toulon poury être embarquées à destination de Gènes ; les petits canons de campagne trouvèrent place sur des mulets. Et, le 29 septembre, l'armée leva le camp'.

François I"'" qui s'était fort rapproché des Impériaux pendant les derniers jours du siège et qui n'avait pas alors cru bon de les inquiéter, lança sur eux de la cavalerie légère et des arquebusiers commandés par le maréchal de Montmorency avec l'ordre de harceler leur marche, de les assaillir, sans cependant risquer une partie trop grave, puis de les accompagner jusqu'audelà du Var et de passer ensuite par le col de Tende ; Montmorency retrouverait de la sorte le roi en Italie oij il allait se rendre lui-même avec le gros de l'armée par le col de Suse '. — La retraite des Impériaux se lit d'ailleurs sans désordre-^ et rapidement '. « Leur armée

1. Du Bellay, p. 39o. — Brantôme nous a conservé les vers d'une chanson d'aventurier faite au sujet de la belle résistance de Marseille :

« Quand Bourbon vid Marseille, Il a dit à ses gens :

Vray Dieu, quel capitaine Trouverons-nous dedans ?

Il ne m'en chaut d'un blanc D'homme qui soit en France, Mais que ne soit dedans Le capitaine Kance I »

2. Captivité du roi François I", pub. par A. GhampoUion Figeac dans la Collection des documents inédits sur Vhistoire de France, 1847, p. 10 à 19.

3. Seul Du Bellay émet un avis contraire, au moins au début de la retraite (p. 396) : « Le mareschal de Chabannes, se mettant à la suite, envoya 4 ou SOO chevanx, lesquels, arrivans sur la queue de l'ennemy, deffirent bon nombre d'hommes et paignèrent un fort grand butin : car chacun, pour se sauver, laissoit son bagage derrière, et les soldats, n'ayans puissance de porter leurs armes, les laissoient par les chemins. »

4. « Con toda furla, dit Oznayo, y nuestro camin era de die e de noche ». Citons encore ce passage : « Mas furia habia sobre el cuero para abarcas, que sobre la carne aunque habia grand necesidad, y con esto algunos empezaron a mosar de Borbon, diciendole, que si eran aquellos los zapatos de brocado que a la ida, viendolos casi todos con zapatos de terciopelo, les habia prometido ; lo cual algunas veces sentia tanto el duque de Borbon, que non pudiendo refrenar las lagrimas, con ellas mostraba lo que aquellas palabras le dolian : por lo cual el de Pescara mando, (]ue nadie le dijese cosa que le pesare. »

s'achemina vers le Piémont en marcliant de nuit et de jour. Le vigilant Pescaire en dirigeait i'arrière-garde qui remplaçait dans les mêmes logements l'avant-garde, aussitôt que celle-ci avait achevé sa halte et pris un peu de repos. Il tenait à ne laisser tomber personne des siens entre les mains des paysans, ameutés déjà sur les lianes de l'armée impériale, de peur qu'ils ne prissent goût à les poursuivre et à les tuer. Une fois, il ne put pas réveiller du sommeil dans lequel ils étaient plongés quelques lasquenets qui avaient trop bu du vin du pays. Les chcvau-légers du roi de France paraissaient à Thorizon et les gens de la campagne n'attendaient que son départ pour égorger les Allemands endormis. Il les fit brûler dans la grange d'où il ne parvenait pas à les faire sortir et il continua sa retraite avec une inexorable régularité. Les soldats avaient leurs vêtements en lambeaux et manquaient de souliers; aussi, lorsqu'on tuait des bœufs et des moutons pour leur nourriture, ils en prenaient encore plus avidement la peau que la chair pour en couper les lanières et s'en faire des chaussures («/*«;■cas). Ils disaient en murmurant contre Bourbon que c'étaient là les chaussures de brocart qu'il leur avait promises en les conduisant en France'. )>

Deux fois, les plans de Bourbon contre sa patrie venaient d'échouer, et plus par la faute de ses alliés que par la sienne. Il regagnait l'Italie, la rage au cœur. Sans doute, le long de cette retraite, parmi les soldats qui ne lui cachaient pas toujours leur mécontement, il dut penser à ses châteaux de Chantelle, de Cariât et de Moulins, à toutes ses terres que lui avaient pris le roi et la régente, la vieille maîtresse d'où venait tout le mal. C'était elle surtout qui devait profiter maintenant de l'injuste conquête royale ' ; François F'" recevait

Page 1