‹ Le connétable de Bourbon, 1490-1527Chapitre 205 sur 366 · LIVRE · texte numérisé non relu

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aussi sa part, mais n'avait pas dû en prendre possession avec le même plaisir. Quant à lui, premier prince du sanget connétable de France, après avoir commandé en despote sur ses domaines, il était contraint d'aller au milieu de ces troupes étrangères qui non seulement ne savaient pas le comprendre, mais encore méconnaissaient son autorité, près d'un capitaine jaloux qui le détestait, dans sa patrie devenue hostile, et poursuivi par ses anciens compagnons d'armes. Entouré d'une très petite troupe de Français, il pensait à tous les conjurés qui l'avaient trahi, plus ou moins; seuls, ceux qui se trouvaient là lui étaient demeurés fidèles, Pompérant, son meilleur ami, également condamné à mort, Pierre et Antoine d'Espinac, Jean Fialin^ Peloux et La Mothe des Noyers; quelques autres encore devaient le rejoindre en Italie pour ne plus le quitter, mais il n'osait croire à leur dévouement. Malgré tant de malheurs, il ne se tenait pas pour battu et l'orgueil presque

sauf et sans préjudice de ses droits sur celles du patrimoine spécial de la maison ducale de Bourbon, et ayant fait faire cette saisie universelle et annotation de biens contre ce connétable, par toutes les rigueurs dont on procède contre les rebelles et les criminels de lèsemajesté, elle fit prendre encore tous les meubles qui lui appartenoient, qui étoient les plus magnifiques qui fussent en maison de prime et de chrétienté; témoins sa longue robe de drap d'or, fourrée de martre zibeline, dont il se servoit en la chambre du roi pour son office de connétable, laciuelie, au rapport de son secrétaire Marillac, étoit de douze aunes dont chacune coùtoit quatorze vingt écus d'or au soleil, et son bonnet pour le dit office qui étoit chargé de pierreries inappréciables. Elle se saisit donc de fous lesdits meubles, fit rompre les sceaux qui étoient sous les armes de ce connétable, dans les terres qui avoient ■été provisionnellement adjugées à son préjudice où, d'ordinaire, l'écusson de ce prince avoit pour supports deux épées nues à cause de son dit office de connétable ou d'autrefois y paroissoit sa représentation en forme de cavalier tenant l'épée haute et monté sur un cheval dont le harnois étoit parsemé de fieurs de lys. » (La Mure, éd. déjà citée, p. 61.j.) 2. Mss. n° 210; — Lettres d'absolution données à Ghenonceaux. — Voir La Mure, t. II, p. 625 : « Un gentilhomme dauphinois, Jean Fialin, qui, en 1323, avait été au service du roi en Italie en qualité d'écuyer d'une compagnie de 100 lances, sous les ordres du marquis de Montferrat et qui, en ["yl'-i, était attaché à la personne de Saint- Vallier, fut probablement entraîné par lui dans la conspiration du connétable et s'enfuit en Italie où il fit partie de la petite troupe de Français qui ne cessa jamais d'être fidèle à ce prince jusqu'au dernier moment. » Serait-ce un ancêtre de Persigny qui, lui aussi, était si fidèle et dont on se rappelle la belle devise : « Je sers ».

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incroyable qui le soutenait toujours lui valait l'espoir d'une prochaine revanche. Refoulant alors son amertume, de toute sa ligure crispée, il essayait de sourire aux soldats imbéciles, à Pescaire, au soleil étouffant qui colorait la poussière montée de la roule, à la mer calme et bleue — si bleue qu'elle était exaspérante...

Le jour même où François 1" arrivait avec ses troupes à Verceil, larraée de Bourbon passait les. Alpes-Maritimes et se portait à Alba, comme pour défendre l'accès du Piémont. Mais elle était hors d'état de le faire à la suite de sa retraite rapide, fatigante et dangereuse, au cours de laquelle elle avait dû abandonner une partie de ses bagages et de son artillerie. Lannoy, demeuré à Asti, sur les revers italiens des montagnes, soit par sottise ou retard, soit par malveillance ^ avec une partie des fantassins que Bourbon avait attendus devant Marseille, pensait cependant pouvoir empêcher l'entrée des Français dans le duché de Milan. Bourbon et Pescaire lui firent voir la réalité et qu'il y aurait folie a livrer bataille. Ils renoncèrent môme à garder la ligne du Tessin et résolurent que le plus prudent serait d'occuper les points stratégiques, abandonnant le reste du duché. Ils laissèrent 2.000 hommes à Alexandrie sur le ïanaro et répartirent celles de leurs forces dont ils pouvaient disposer dans Pavie, sur le Tessin, Lodi et Pizzighetone sur l'Adda et Crémone sur le Pô ; avec le gros de Farmée, ils comptaient tenir dans Milan ; Pavie, place

1. Il V a une lettre de Lannoy à Gharles-Quint dans laquelle il se dél'end àe laccusation qui pèse déjà sur lui.

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