LIVRE III 2L
importante, reçut une garnison de 5.000 Allemands, de 500 Espagnols et de 300 hommes d'armes; Pescaire fit plus de 30 milles pour aller l'y établir vite et confier le commandement des troupes à Antonio de Leyva. Afin de soutenir l'armée qui s'enfermerait dans Milan, Lannoy envoya en Allemagne faire faire une levée de 10.000 lansquenets. — La capitale du duché oîi dominait le parti de l'indépendance italienne, sincèrement dévoué à Francesco Sforza, venait d'être cruellement éprouvée par la peste; et les Impériaux y arrivèrent un jour trop tard, étant donné surtout l'esprit prudent et facilement versatile du peuple. Milan, en effet, sur le conseil ou l'ordre de son ministre Girolamo Morone, s'était décidée à faire sa soumission à François !*'■ et avait envoyé vers lui, à Abtiate-Grasso, les clefs de ses portes ; c'était seulement le lendemain de cette soumission que le capitaine Alarçon, à la tète de 200 chevaux, avait fait son entrée dans la cité lombarde en y annonçant la venue de ses maîtres, lieutenants de l'empereur, Bourbon, Pescaire et Lannoy. Ils purent d'ailleurs, en y entrant peu de temps après, constater la force de leur simple présence car les Milanais, oubliant ce qu'ils venaient de faire, les reçurent au milieu dejoyeux transports en criant : « Vive Bourbon! » — La situation était assez comique. Elle le devint plus encore lorsque 300 hommes d'armes et 6.000 hommes de pied conduits par Trivulce s'avancèrent à leur tour pour prendre possession d'une ville qui leur avait envoyé ses clefs avec tant de bonne grâce spontanée. Par derrière venait François I"' qui s'était mis en marche la nuit, ainsi que tout le reste de l'armée, afin de soutenir son général au cas où il y aurait rencontre. Les Impériaux, comprenant que Milan n'était pas prête pour se défendre et craignant de trop risquer en un seul combat, l'abandonnèrent ; ils en sortirent même par la porte de Côme et par la porte de Rome juste au moment où les Français y entraient par la
porte de Verceil. — Bourbon gagna Lodi et s'établit sur TAdda.
La supériorité de François P'' était, dans cette circonstance, tellement indiscutable qu'on le croyait prêt à redevenir le dominateur de l'Italie. Il l'aurait été sans doute, au moins momentanément, s'il s'était jeté de suite derrière l'armée impériale pour livrer la bataille sans lui laisser un moment de répit, en profitant de l'état de désordre où elle se trouvait'; il pouvait même ensuite envahir le royaume de Naples. « Les généraux de l'empereur ne semblaient point en mesure de s'y opposer. L'armée qui avait fait, en 1523 et en 1524, la double campagne de Lombardie et de Provence, qui avait battu Bonnivet et assiégé Marseille, était fondue; les débris en étaient disséminés dans quelques places. On regardait les Impériaux comme réduits à une complète impuissance. On avait plaisamment affiché sur la statue de Pasquin à Bome : « Il s'est perdu une armée dans les montagnes de Gênes ; si quelqu'un sait ce qu'elle est devenue, qu'il vienne le dire ! Il lui sera donné une bonne récompense ! » La plupart des Etats italiens, y compris le Saint-Siège, la Seigneurie de Florence, la République de Venise étaient prêts à délaisser l'alliance de Charles- Ouint-. » MalJieureiisement, dans un conseil que tint le roi et où la plupart de ses capitaines l'engageaient
1. « Plusieurs ont estimé, et y a eu grande apparence pour les choses qui depuis sont advenues que qui eust suivy la preuiière opinion, qui estoit de poulser vivement après larmée imjiériale, la victoire et la conqueste du duché de Milan estoit la nostre ; car leur armée s'en alloil en tel désordre (lue les soldats iuipériaux, pour le travail des chemins qu'ils avoient passé venans de Provence, jettoient leurs armes dedans les fossés, n'ayans puissance de les porter. Poui' quoy l'enemy n'eust eu le moyen de garder Laudes et estoit en hazard d'abandonner Crémone; car, au passage de la rivière d'Adde, le seigneur de La Trimouille et le marquis de Salluces usant de diligence, les eussent peu arrester, attendans le reste de nostre armée ; et, par ce moyeu, ceux de Pavie et d'Alexandrie qui demeuroient derrière eussent esté contraints déparier, parce qu'il n'y avoit apparence qu'ils peussent estre secourus : mais Dieu ne voulut permettre de prendre le meilleur conseil. » (Du Bellay, p. 397.)