‹ Le connétable de Bourbon, 1490-1527Chapitre 210 sur 366 · LIVRE · texte numérisé non relu

LIVRE

on pourrait se jeter dans la place en partant de l'île occupée par le maréchal de Montmorency. François 1"' tenta cette entreprise assez hasardeuse et lit creuser au-dessus de Pavie un autre lit au Tessin pour lui donner une nouvelle direction'. Les assiégés comprirent le plan des Français quand ils les virent à l'ouvrage et ne furent pas sans crainte; Le} va lit fortifier de son mieux et au plus vile la partie menacée; le ciel d'ailleurs était pour lui et rendit ses précautions inutiles : de grosses pluies déchaînèrent le cours du Tessin; le fleuve détruisit et emporta tous les travaux qui avaient essayé de le rendre traître à son territoire et à cette belle ville qu'il aimait, encore qu'il la longeât vite. Il ne semble pas que le roi de France ait compris sa situalion et que le siège allât durer. Il oublia que l'armée impériale se trouvait non loin de lui en train de préparer un retour offensif et qu'elle ne voudrait pas laisser tomber Pavie sans la secourir; il s'imagina au contraire qu'elle lui procurerait le temps de s'en rendre maître-. Il augmenta ses troupes, fit venir 5.000 Grisons des cantons suisses et prit à sa solde Jean des Bandes Noires, commandant à 3.000 soldats valeureux, les meilleurs peut-être des mercenaires. Ce qui perdit le roi dans cette campagne, ce fut sa confiance en lui-même. II croyait réellement l'armée de Charles-Quint anéantie, Bourbon disgracié dans l'esprit de l'empereur à la suite de son échec devant INIarseille ; il se voyait bientôt le dominateur de la Péninsule ; et tout son entourage l'encourageait à penser de la sorte. Satisfait d'un état de choses aussi heureux, il jouissait avec plaisir de la situation, très à son aise dans ce camp de Pavie qui était devenu peu

1. Du Bellay raconte curieusement les faits « par quoj-, dit-il, ils entreprindrent de divertir ladite rivière avec des toilles».

2. On se demande comment François I='' a pu se laisser aller de la sorte ; et certainement son entourage iloit être accusé encore plus que lui d'un tel aveuglement.

à peu l'endroit le plus agréable du monde, une sorte de kermesse où l'on s'amusait fort et où l'amour n'était que plus tentant ainsi servi sous le regard des assiégés qui. par quelques coups de canons et d'arquebuses, rappelaientqn'on était en guerre. Quelle ditïérence avec le camp de Bourbon devant Marseille ! « Les diverses parties de ce camp communiquaient entre elles pour s'entendre et au besoin s'assister. Des ponts jetés sur le Tessin, en dessous et en dessus de Pavie, conduisaient de l'île où était Montmorency au quartier du roi à San-Lanfranco et à celui de La Palice, à San-Giacomo. Par delà le Tessin, l'armée, en relation avec le comté d'Asti et la Lomelline, recevait les vivres qui lui venaient des riches plaines du Piémont. 11 y avait comme un immense marché et une foire perpétuelle dans le parc de Mirabello. Les troupes de François I" avaient tout en abondance. Logées dans des églises et des abbayes, établies sous des tentes, occupant des huttes souterraines, livrées à un mouvement animé pendant le jour, éclairant la plaine de leurs feux durant la nuit, elles semblaient former une ville qui en ceignait circulairement une autre ^. » L'armée française commençait déjà cependant à manquer de vivres, de munitions et d'argent. Heureusement, François I" était toujours cru le plus fort, et les princes italiens restaient ses alliés. Le duc de Ferrare lui prêtait 50.U00 écus et lui envoyait 50 chariots chargés de poudre et de boulets, les Vénitiens, tournant le dos à Charles-Quint, bien qu'il les eût fait sommer par Lannoy de tenir leurs engagements, négociaient avec lui ; et le pape agissait de même. Clément VII était d'ailleurs disputé par Charles et par François à cause de sa grande puissance; il disposait, en etïet, non seulement des Etats de l'Eglise mais encore de Florence qu'il dirigeait en tant que

1. Mignet, t. II, p. 16. — Garpesanus, Commentarii suorum temporum^ dans Martenne, t. V, 1. X, f« I, 389 ; I, 390.

Page 1