‹ Le connétable de Bourbon, 1490-1527Chapitre 211 sur 366 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

chef de la maison de Médicis. Charles-Quint et François I""" croyaient chacun le tenir; et le pontife, entre les deux, ayant hesoin de l'un et de l'autre, savait choisir selon son intérêt. Il croyait que le vent avait tourné en faveur de la France; n'avait-il pas déconseillé le siège de Marseille et annoncé que la campagne de Provence amènerait une invasion nouvelle en Italie? Il craignait cette fois que François 1"' ne fût las de faire des avances et que, s'il ne se hâtait de prévenir son mécontentement, il ne fût bientôt trop tard pour traiter. Néanmoins, il voulut agir sans brusquer les choses et sans froisser celui des deux princes qu'il abandonnait, trop au courant, ne serait-ce que par lui-même, de la versatilité des choses humaines pour ignorer que le vainqueur du moment risquait de n'être plus celui du lendemain. — 11 confia ses instructions au dataire Giovanni Matteo Giberto, qui, de tous temps, s'était montré partisan de l'alliance française.

Matteo Giberto vint d'abord trouver Lannoy dans la Lombardie vénitienne, à Socino. Il exposa au fidèle serviteur de Charles-Quint que le pape, devant s'appliquer à rétablir la paix, il venait la lui proposer, paix d'autant plus nécessaire pour l'Empereur que la puissance française était devenue fort grande en Italie et que Clément VII, quanta lui, prince italien, la redoutait extrêmement; cette paix seule réussirait à sauver le royaume de Xaples que François I""" comptait envahir dès que Pavie tomberait, ce qui n'était qu'une question de jours; n'y avait-il pas, ceci constaté, un moyen adroit d'empêcher que le Milanais ne revint à la France? Et la découverte de ce moyen, faite par lui-même, il s'empressait, lui Clément VII, de le communiquer à son bon ami et fidèle allié Charles qui serait à même de reconnaître là, une fois de plus, la sincérité de son dévouement : seul, Clément VII pouvait obtenir que le Milanais fût détaché de la France sous un des fils puînés du roi qui régnerait comme prince ita-

lien; en attendant, le pape se chargerait de l'Etat italien comme d'un dépôt sacré; et, pour que cela fût possible, les troupes impériales évacueraient la citadelle de jNIilan et celle de Pizzighetone, ainsi que les places oi^i elles tenaient encore garnison : Alexandrie, Gôme, Pavie, Lodi, Crémone; les troupes françaises, de leur coté, repasseraient les Alpes; aussitôt, le pape concluerait une ligue armée avec Venise et Florence pour assurer enfin le repos de la Péninsule et protéger par surcroit le royaume de Naples. Comme toutes ces propositions ne paraissaient pas du tout agréer à Lannoy, Giberto ajouta que, si elles étaient rejetées, Clément VII n'hésiterait pas à traiter avec le roi de France et, dans ce cas, ne pourrait plus s'opposer au passage des troupes, destinées à attaquer l'Italie méridionale ^

Nullement intimidé par cette menace, Lannoy repoussa les propositions du dataire avec hauteur, en répondant qu'il y aurait une honte véritable pour l'empereur à mettre ainsi en séquestre l'Etat de ^lilan; il était bien décidé, — à moins d'ordres qu'il était d'ailleurs sûr de ne pas recevoir, — à ne pas traiter avec le roi de France tant qu'il conserverait un « palme- » de terre en Italie. — Giberti ne fut pas plus heureux auprès de François P''. Celui-ci montra la même irritation et ne trouva pas les offres suffisantes. A vrai dire, ce ne fut pas François F'' seul qui parla de la sorte, car il se fut rendu sans doute à l'opinion générale qui était d'accepter les propositions du Saint-Siège, mais Bonnivet l'influença. Du Bellay le dit formellement : « Lesquelles conditions furent refusées par le roy à la persuasion, à ce qu'on disoit, de M. l'amiral Bonnivet qui avoit la superintendance des affaires du roy, et à

1. Lettres de Lannoy à Charles-Quint, 19 et 23 novembre, lo décembre (Arcb. de Vienne, d'après Mif^net).

2. Le palme est une mesure de longueur italienne qui équivaut à 0'",25.

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