LIVRE m
l'instigation du seigneur de Sainct-Marsault, qui csloit fort près de la personne du roy et bien ouy dudit seigneur, encores qu'il ne fust en estime d'homme de guerre, mais bien entendant les praticques de la cour'. » Ce Saint-Marsault et Bonnivet flattèrent simplement une fois de plus le roi en lui promettant une campagne bien plus belle s'il la finissait lui-même; la politique et la stratégie, entendues de la sorte, devenaient faciles à faij'e triompher tout autre part que sur le terrain de la bataille'-. François P'" se crut si fort et capable de tels succès qu'il répondit à Giberti : « J'ai bon espoir d'occuper bientôt Pavie. Toutes mes mesures sont prises; mes provisions sont faites et mes gens de guerre payés. J'attends le mois prochain 1 .400.000 francs et je fais venir de nouvelles troupes. Je n'ai point passé les Alpes de ma personne et je ne suis pas de si petite prudence que d'être descendu en Italie avec 30.000 bons piétons et d'être accompagné d'une flotte sur laquelle se trouve 0 ou 7.000 hommes de guerre pour m'arrèter. Je neveux rien moins que tout l'Etat de Milan et le royaume de Naples '. » — Il n'y avait pas à s'y méprendre. Pour quelqu'un qui le redoutait déjà au moins dans ses projets, le roi de France devenait inquiétant.
Le pape trouvait, et à juste titre, sa situation embarrassante. Il ne pouvait plus espérer réconcilier les deux adversaires ni renvoyer leurs troupes; un conflit éclaterait certainement; l'essentiel était de découvrir d'avance auquel des deux il serait favorable atin de se tourner dès maintenant vers celui-là. — Lannoy com-
2. Pourquoi ne fût-ce pas Bonnivet qui fut sacrifié à Bourbon?... Bonnivet était protégé par son insignifiance, il est vrai; mais, une fois de plus, il est curieu.x; de constater le mal que peuvent faire ces gens dits insignifiants quand on les laisse vivre trop près de soi et que, par cela même, on se trouve trop porté à les entendre.
3. Lettre de Lannoy à Charles-Quint. 19 novembre, d'après ce qu'a écrit Giberto à Bernardino de La Barba qui l'a montré au vice-roi (Arch. de Vienne, cité par Mignetj.
pritrhésitation du Saint-Père et, trop politique pour s'en étonner, lui donna des conseils sincères en s'etlorçant de le ramener à l'empereur, sans succès d'ailleurs, malgré les bonnes raisons qu'il présentait. Bourbon, en eiïet, n'était pas demeuré inactif en Allemagne; il y avait levé des troupes; il était maintenant dansleTyrol, à Trente, oii l'archiduc Ferdinand préparait de son côté les nouveaux renforts que Bourbon devait conduire au camp impérial ; il avait même écrit au Saint-Père pour lui annoncer sa venue prochaine^ accompagnée d'un etfectif important de 2 à 800 cavaliers et de 7 à 8. 000 lansquenets". Mais Clément Vil continuait à estimer François I" le plus fort; surtout, il ne désirait pas une victoire de Charles- Quint; elle lui aurait encore moins convenu qu'une défaite parce qu'il se serait trouvé de la sorte réduit à faire toutes les volontés de l'empereur. « La politique et la crainte faisaient pencher Clément VII du côté de François I''. Cependant, si le roi de France était en ce moment plus fort en Italie, l'empereur pouvait le redevenir plus tard et le cauteleux pontife avait intérêt à ne pas se brouiller irrévocablement avec lui. 11 ménagea donc les deux adversaires qu'il n'avait pas convertis à ses projets : il resta l'allié inutile de l'un en devenant l'ami clandestin de l'autre. Il lit remettre mystérieuse-
1. Au sujet de cette lettre, Michelet — une fois de plus — s'est complètement trompé. Il la date de 1527 et la fait écrire par Bourbon, tandis qu'il marche sur Rome. Quel curieux itinéraire ! Cette lettre perd ainsi tout son sens: de plus, iMichelet la date de lui-même, de sa propre autorité, du 31 mars ; elle est en effet datée du ^t janvier, llien ne prouve que Bourbon ait été à Trente le 31 mars 15-27, rien, et la vraisemblance empêche de le supposer; au contraire, nous savons, par les lettres de Lannoy (Arch. de Vienne) qu'il est, en décembre 1524, en Allemagne et, en janvier 1525, dans le Tyrol avec Ferdinand, l'archiduc, do)it il parle justement dans sa lettre: à cette époque-là, il a une raison d'écrire à Clément Vil, à l'autre, il n'en a aucune ; bien plus, il ne peut pas être à Trente. Michelet saute par-dessus tout cela et il écrit : «Bourbon trompe le pape, le vice-roi et tout le monde» (Archives du Vatican, Lettere de' principi, t. III, f° 2).
2. Du Bellay en indique 12.000, « car M. de Bourbon n'y estoit pour lors, parce qu'il estoit allé en Allemagne faire levée de 12.000 lansquenets, des deniers, comme j'ay n'a guères dit, que le duc de Savoye luy avoit preste » (Ed. déjà cité, p. 398).