‹ Le connétable de Bourbon, 1490-1527Chapitre 225 sur 366 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

était siir de vaincre sans combattre. Au contraire, Bonnivet et Montmorency penchaient pour l'action immédiate, surtout Bonnivet qui déclarait qu'il y aurait une véritable honte à prendre un parti timide'. Voici les paroles que lui prête Brantôme et qui doivent assez ressembler, en somme, à celles qu'il prononça- : « Quelle honte. Messieurs, proposez-vous à nostre brave roy si vaillant et si courageux, de se retirer d'icy et en lever le siège, et enfuir une bataille qui se présente à nous tant désirée? Nous autres François n'en n'avons jamais reffusée et n'avons jamais accoustumc de faire la guerre par de petits subterfuges et astuces militaires, mais à de belles guerres descouvertes, et mesmes quand nous avons un brave roy et vaillant pour notre général lequel doibt faire combattre les plus poltrons; car les roys portent communément cet heur avecq'eux, non pas seulement cet heur, mais les victoires tout à fait; comme lit nostre petit Charles VIII au Taro et nostre Louis Xil à Agnadel et de frais nostre roy qui est icy à Marignan tant la présence des roys en cela est bonne et nécessaire et prohtable 1 et ne faut point doubler que le voyant aller le premier au combat (car il nous en montrera le chemin), que sa brave gendarmerie qu'il a icy ne face de mesmes, et ne passe sur le ventre à toutes celles chétives de l'ennemy qui se présentera. Par quoy, Sire, donnez la bataille : allons! » Ce discours inutile et flatteur prévalut naturellement. François P' lit revenir de Milan une partie des troupes qui s'y trouvaient n'y laissant

1. Nous avons parlé déjà de l'intluence de Bonnivet, en voici une autre preuve, outre celles fournies par les faits eux-mêmes, dans ce que dit Brantôme : « M. Tadmiral de Bonnivet... fut si aimé et favory du roy Françoys qu'il gouvernoit tout le faict de la guerre en son vivant, comme le chancelier du Prat celuv de la justice et des finances » (t. m, p. 212).

2. « La bataille de Pavie, dit encore Brantôme, s'ensuivit par acquis, de laquelle M. de Bonnivet fut le seul et principal autheur, contre l'opinion de ces vieux grands et expérimentez capitaines qui estoient Ui comme messieurs de La Trémouille... » etc.

280 LE CONNÉTAliLE DE BOURBON

SOUS les ordres de Trivulce que les forces indispensables à la défense du château.

La nécessité les pressant de plus en plus. Bourbon, Pescaire et Lannoy délibérèrent avec le marquis de Sant'Angelo et les chefs des troupes allemandes le 23 février. Il n'y avait même plus de vivres dans le camp; il fallait absolument combattre ou se disperser; aucune retraite n'était possible, ni aucune illusion sur la situation présente : ce serait la déroute totale, écrasante et terrible, — ou la victoire. Pescaire fut de l'avis de Bourbon pour réclamer l'action immédiate^ Ils proposaient tous deux d'attaquer le camp français non pas du côté qui faisait face au camp impérial, trop difficile par suite de ses retranchements, mais en tournant sur le nord, vers le parc; on y pénétrerait par une brèche pratiquée dans la muraille au point le moins gardé; le roi de France serait alors forcé de quitter les hauteurs fortifiées et de donner la bataille, malgré lui, dans la plaine du parc. — L'attaque fut décidée pour la nuit du 24 février, fête de saint Mathias et jour anniversaire de la naissance de Charles-Quint'. Antonio de Leyva, prévenu, devait, une fois ses 5.000 hommes sous les armes, dès qu'il aurait entendu deux coups de canon, se jeter hors de Pavie en avant atin de prendre les Français entre deux feux. Il fut ordonné aux soldats de mettre des chemises blanches et des morceaux de toile pardessus leurs armures aiin de se pouvoir reconnaître dans l'obscurité. « Pescaire faisait dépendre le succès de sa manœuvre de l'audace et de la solidité des Espagnols. Il avait coutume de les instruire de ses projets pour les animer de ses sentiments. Cette fois il jugea plus que jamais nécessaire de les préparer à l'entreprise ardue qu'ils allaient exécuter. Il les assembla, leur dit ce qu'il attendait d'eux et ajouta :

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