LIVRE T
dont rintîiience profonde en Italie lui paraissait à juste titre redoutable; il serait ensuite toujours temps d'aviser à l'égard des Espagnols et de Ferdinand le Catholique. Trop adroit pour avouer ses projets, il masqua son jeu; de son côté, Louis XII ne pouvait avoir aucune illusion sur le Souverain Pontife et les raisons qu'il invoquerait pour le combattre, de telle sorte que le résultat de la politique d'alors était surtout d'essayer la tromperie et de n'y point parvenir. Notre ancien allié saisit la première occasion venue : un évéque de Provence étant mort à Rome, il disposa de son évêclié sans attendre la nomination du roi'. Louis XII se plaignit et répondit en faisant saisir les revenus des bénéfices que possédaient, dans le duché de Milan, les ecclésiastiques résidant à la cour de Rome; et le pape, désireux de n'être pas en reste, appuya sa première façon d'agir en conférant l'évèché de Provence à l'évèque d'Albi. Pensant sans doute ensuite que l'instant d'agir n'était pas venu et qu'il risquait trop, il finit par céder. Il ne souhaitait rien moins en etîet que d'enlever à la France ce duché de Milan pour l'acquisition duquel elle avait tout fait et d'où elle agissait avec tant de puissance sur l'Italie.
Cette politique devait le rapprocher de Venise ; il s'adjoignit Ferdinand et retourna la ligue de Cambrai contre celui-là même qui y avait pris la part la plus active ; il sut enfin se concilier les Suisses et les lança contre le Milanais. Par un scrupule singulier, Louis XII n'osa pas répondre de suite à l'attaque du pontife romain ; la raison en est dans lintluence qu'exerçait sur lui sa femme, Anne de Bretagne, qui craignit sérieusement d'être damnée ; malheureusement Georges d'Amboise^. le meilleur conseiller du roi, qui aurait pu le
1. Guichardin, liv. VIII, chap. v. — Voir aussi, pour ce qui se rapporte à Venise : Daru, Histoire de Venise, t. III. Firmin-Didot. Paris, 1819.
2. Voir : Michel Baudier, Histoire de l'Administration du cardinal d'Amboise, grand Ministre d'Estat en France, où se lisent les effets de
persuader jusqu'à quel point cette crainte était chimérique, venait de mourir. Le clergé de France sut, an moins dans cette circonstance, s'inspirer de son génie et le remplacer. Il fitcomprendre au souverain que les questions nationales passaient avant les intérêts spirituels et le décida définitivement à la guerre par un don gratuit de 240.0001ivres K Agir, et vite, pressait d'autant plus que Jules II était entré dans la Mirandole et que notre général Ghaumont d'Amboise donnait un déplorable exemple : avant de mourir, il demandait à son vainqueur l'absolution de l'avoir combattu. Bavard avait su repousser l'armée qui attaquait Ferrare ; (( encore le temps d'un Pater nostrr, elle pape était croqué - ». — Bientôt Trivulce reprit la Mirandole, remporta près de Bologne la victoire de Gasalecchio et reconduisit cavalièrement le pape jusqu'à ses frontières ; un résultat sérieux eût été obtenu par notre maréchal s'il avait continué la poursuite, mais il reçut l'ordre de s'arrêter. Cette façon trop aimable de manifester au descendant de Saint-Pierre un respect dont il était loin de rendre l'équivalent au premier fils de France devenait de plus en plus absurde. Le pape, au contraire, qui avait trop souvent abusé des arguments spirituels pour ne pas savoir à quel point ils étaient moins efficaces qu'une défaite brutalement infligée, conclut avec ses alliés, auxquels il ajouta Henri VIII et Maximilien, la tièssainte Ligue. — Une seconde fois le Milanais fut envahi.
Au cours de ces événements. Charles de Bourbon est resté près du roi qui parait le tenir en grande estime. A Paris ou à Blois, il fait partie de la Cour. Il y est respecté, craint et peut-être envié déjà. Il y a du vrai sans doute dans cet éloge de Marillac : k Les gens
la prudence et de la sasesse politique : ensemble les félicités de la France sous un bon Gouvernement. Paris. MDCXXXIIIl.
1. Les historiens anticléricaux feraient bien de retenir ce fait.