LIVRE I
d'armes de France l'ont tous aimé et aiment encore, qu'ils mettroient leurs corps et vies en tous dangers là où ils seront en sa compagnie, contre quel qu'oncques ennemis là où il voudra faire exploit, pour la contiance qu'ils ont de sa bonté, honnêteté, valeur, secours et amitié envers tous, tant grands que petits. » Le roi l'envoya ensuite avec Dunois pour commander l'armée d'Italie; mais, la campagne se trouvant terminée quand ils arrivèrent, ils revinrent. Charles séjourna dans son château de Moulins, atteint de nouveau par une fièvre quarte qui <( luy dura tout le surplus de l'arrière-saison et tout rhy ver jusqu'au printemps^ ». Il repartit ensuite pourBlois. C'est laque la Cour apprit la nouvelle d'une double descente anglaise en Bretagne et en Guyenne du côté de Bayonne; le plan de l'ennemi était de se joindre aux Espagnols et de marcher avec eux sur Bordeaux. Ayant aussitôt reçu l'ordre de choisir parmi les gens de ses terres 400 hommes d'armes, Bourbon retourna chez lui en chargeant de la levée un de ses gentilshommes, Saint-André; il partit le 15 juillet et, une fois à Bordeaux, joignit ses troupes à celles de Dunois. Ce dernier, lieutenant du pays, commanda la petite armée qui comprenait 3.000 hommes d'armes, 30.000 hommes de pied et 1.500 lances. On décida de marcher contre le château de Montialous, puis de gagner Saint-Jean- Pié-de-Port. La garnison du château l'évacua, appela au secours une partie de celle qui s'enfermait à Saint- Jean-Pié-de-Port, et vint, au nombre de 10.000 hommes, attendre l'armée française à mi-chemin de la ville. Bourbon envoya vers Dunois pour lui demander l'ordre de livrer la bataille, faisant ressortir tous les avantages qu'elle comportait et que l'occasion était unique; d'ailleurs l'avant-garde, commandée par un capitaine du nom de Clayette, avait engagé déjà l'action. Dunois ne
1. Marillac, Vie du connétable de Bourbon. — Cette fièvre quarte devait être certainement la grippe d'alors.
se rendit pas aux bonnes raisons qui lui étaient exposées et Bourbon dut envoyer de lui-même un renfort commandé par son frère François à ceux qui soutenaient le choc de l'ennemi ; « M. Françoys se montra ce jour gentil et hardy prince, et alla voir les Espagnols de bien près' ». Il les alla voir de si près qu'ils se retirèrent, croyant que le reste des troupes allait donner ; si l'on ajoute foi à Marillac, ils ne durent leur salut qu'à l'indécision de Dunois ; et Bourbon serait venu en personne le supplier h plusieurs reprises de mieux comprendre la situation ; enfin, cette insistance si peu suivie de succès aurait laissé entre eux « quelque gourgoût- ». Ce « gourgoùt » s'accentua naturellement le lendemain. Bourbon penchait encore pour Taltaque ; bien que la garnison de Saint-Jean-Pié-de-Port fut commandée par le duc d'Albe, il la déclarait facile à réduire à cause du mauvais état des remparts ; les secours, de plus, ne pourraient arriver grâce aux montagnes navarraises dont les principaux passages étaient gardés; enfin, nous avions beaucoup d'artillerie, toutes les munitions et tous les vivres nécessaires, mais Dunois ne voulut pas commencer le siège ; il déclarait, quant à lui, la ville imprenable et n'osait risquer un échec; il allait ainsi contre l'opinion « de la plus grande et saine partie des capitaines de la dite armée qui n'estimoit le dit lieu plus fort ny mal aisé à prendre qu'un colombier^ ». Bourbon, très mécontent, tinit par avertir le roi de l'étrange attitude du commandant en chef ; Dunois qui l'apprit lui en tint rancune, et cela, d'autant plus que le roi, éclairé à la fin, lui donna tort. L'ennemi profita de ce qu'il n'était pas inquiété pour abandonner Saint-Jean-Pié-de-Port et gagner le royaume de Navarre. L'armée française se retira vers Eustarys, à dix grandes lieues de là, et y