‹ Le connétable de Bourbon, 1490-1527Chapitre 26 sur 366 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

séjourna une partie de l'année jusqu'à ce qu'elle reçut l'ordre d'aller mettre le siège devant Pampelune. Elle éclioua, sans avoir d'ailleurs tenté tout le nécessaire ; et, la saison se trouvant tort avancée, elle termina cette petite guerre qui n'avait été en somme qu'une longue escarmouche. Bourbon arriva pour la Noël à Moulins. En mars 1512 le roi le rappela auprès de lui afin de s'entendre au sujet du Milanais. — Ce duché pour lequel on avait dépensé déjà tant d'argent et tant d'hommes avait été en effet reperdu malgré Tadmirable campagne exécutée en quatre mois par Gaston de Foix, duc de Nemours. Ce héros de vingt-deux ans, précurseur de Turenne, venait de tomber du plus haut de son succès, sous la plus belle perle de la couronne guerrière qu'il avait ciselée autour de sa jeune tête. On sait les étapes de cette campagne fameuse, une des plus pures dont puisse s'enorgueillir l'àme française : Bologne oîi il eutre la nuit par une tourmente de neige, en forçant Jean de Médicis et Ramon de Cordone qui la bloquaient à s'enfuir, — les rivières débordées traversées en hâte pour voler au secours de Brescia, — le succès de Castiglione sur les Vénitiens, — l'assaut de Brescia où Bayard est blessé et le sac de la ville, — enfin cette victoire funèbre de Ravenne, dans un décor unique encadré de pins sombres, et qui devait sembler fait pour la dernière étape de sa gloire. Merveilleuse destinée, à laquelle on ne peut s'empêcher de songer avec une sorte de plaisir orgueilleux devant le mausolée du Bambaja ' où le jeune homme dort à jamais dans le joli costume du temps, sous la cuirasse un peu bombée, les jambes minces sortant de la jupe courte à plis, la tète fine, élégante et simple, si joliment adolescente !

1. Le plan est à Londres: : on en voit des morceaux à Milan, dans une des salles du beau château rouge des Sforza, et aussi à l'Ambrosiana.

— Cette mort était fatale pour la France. La Palice qui commanda ensuite perdit l'un après l'autre les avantages acquis. Le pape reprit Bologne, Parme, Plaisance et nous retira notre dernier allié, le duc de Ferrare ; la Romagne fut évacuée; Venise rentra en possession de la (lliiara d'Adda ; les Suisses, qui nous avaient livré^ le malheureux Ludovic le More, l'amenèrent son fils Maximilien et s'emparèrent de Chiavenna, de Locarno, de la Valteline ; enfin Gènes révoltée venait de se choisir elle-même son doge, Fregoso. Notre armée regagnait tristement les Alpes. Pour nous consoler de cette défaite, nous avions la victoire du fameux Prégent de Bidoux qui tua l'amiral Howard et ravagea le Sussex ; nous avions aussi riiéroïque sacrifice d'Hervé de Primoguet qui se fit sauter avec le vaisseau amiral anglais en y accrochant le sien, la BcUe-CorcJelière .

Jules II mourut aussitôt après son triomphe. Léon X continua sa politique. Ce pape merveilleux, digne fils du Magniiique, est trop connu pour en parler ici. Bien qu'il n'aimât pas la guerre, il s'y résolut et resserra la coalition déjà formée contre la France. C'est à ce moment que Louis XII confia ses troupes à La Trémouille. Pourquoi ne choisit-il pas Bourbon auquel il semblait avoir d'abord pensé ^ ? Sans doute à cause de cette méfiance qu'il ressentait contre lui, méfiance habilement exploitée par la Cour et qu'il était si facile d'entretenir. Aidé par Trivulce,

1. S'ils ne l'avaient pas livré directement, ils l'avaient du moins laissé prendre en ne lui permettant pas de s'enfuir.

2. M. Paulin Paris, dans ses belles études sur François 1", semble s'être trompé tout à fait en avançant que Charles de Bourbon refusa d'aller en Italie afin de ne pas partager le commandement. Il n'indique aucune référence qui lui permette de parler de la sorte. Bourbon lit bien le pèlerinage de Notre-Dame du Puy-en-Velay, mais parce qu'il n'avait rien d'autre à faire ; les historiens du temps, au moins tous ceux que je connais, ne parlent pas de son refus. Il est à regretter que M. Paris — ou son fils qui publia ses études — n'ait pas indiqué le te.xte sur lequel se basait cette étrange affirmation. — Voir : Eludes sur François l°% par P. Paris, publiées par G. Paris, Techner, MDGGCLXXXV.

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La Trémouille commença par reconquérir le Milanais. Il assiégea ensuite Maximilion Sforza clans Novare et allait sans doute avoir l'avantage après un feu formidable qui avait fait brèche quand, par cette brèche même, au moment oii l'assaut devait se donner, les Suisses firent une sortie impétueuse, s'emparèrent de l'artillerie, la tournèrent contre les Français et leur tuèrent 10.000 hommes'. Cette défaite de Novare nous coûtait à nouveau l'Italie.

Le roi se repentit alors, paraît-il -, de n'avoir pas suivi sa première idée. xVuparavant, pour atténuer sa façon d'agir envers Charles, il s'était servi d'un stratagème assez grossier « ... Il lui fit dire par le trésorier Robertet, après qu'il eut ouy la vie des capitaines dessudits, qu'il luy bailleroit pour aller delà les monts 800 lances et 7.000 hommes de pied, avec une bande d'artillerie, dont mon dit sieur de Bourbon fut émerveillé •■; et répondit sagement qu'il ne pourroit faire service au roy avec si petites bandes de gens, et qu'il ne voudroit point jeter l'affaire du roy en tel inconvénient, comme il seroit s'il y étoit si foible, et de sa part n'en sauroit rapporter honneur ; par quoy n'accepteroit en la dite qualité la dite charge. Et de ce pas s'en alla parler au roy qui luy tint tous propos de dissimulations ; par quoy mon dit sieur de Bourbon entendit assez que le dit sieur avoit autres fantai-

1. Mémoires de Fleuranges, Vadvenlureux, chap. xxxvii: « Et après fiist trouvé le jeune Adventureux entre les morts; lequel on ne recognoissoit plus, car il avoit quarante-six plaies t)ien grandes, dont la moindre mit six semaines à guérir. » — Ce qui suit un peu plus loin vaut vraiment encore la peine d'être cité: « la bataille ainsi perdue, on se retira à Verceil, une ville en le duché de Piémont appartenant à .AI. le duc de Savoye où les Suisses les suivirent toute la nuit. Et vindrent au dict A'erceil là où l'Adventureux faisoit habiller ses playes où fallut coudre soixante et douze ou soixante et quatorze points d esquille. Et comme les Suisses entroient par une porte, ceulx quiconduisoient le firent sortir par l'autre; et estoit en tel point qu'il n'avoit ne bras, mains, jambes, ni œil dont il peust aider ».

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