‹ Le connétable de Bourbon, 1490-1527Chapitre 257 sur 366 · Publiée dans Captivité, etc., p · texte numérisé non relu

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je suis asscui'é, Monseigneur, que ne l'entendes ; car ma délibération est de continuer à vous faire service, comme ay faict, sans y épargner ma vye jusques icy. Monseigneur, j'ay grand peur que ceste soudaine allée vous pourra faire perdre le pape et Vénitiens, etaultres potentats d'Italie; du roy d'Angleterre, il y est en danger. — Ledict vice-roy m'a laissé ycy sans argent et sans moyen de recouvrer des Allemans pour faire l'entreprise de France. Je crois qu'il en est bien aise, affin d'essayer aucuns appointemens par grand nécessité : et quand il vous plaira m'en ouïr, je vous diray des choses devant luy que cognoistrez qu'il a fallu que bien aultre que luy ait mis les mains à voz affaires. Oultre tout cet affaire, la pluspart du monde pensera que Vostre Majesté me aura mis en oubly, que n'ay jamais creu, ne croiray, veu vostre bonté et mon loyal service que à jamais sera tel. Monseigneur, je crois fermement que Vostre Majesté en fera telle démonstration, qui sera au bien et au repos de vos affaires, au contentement de vos bons et loyaulx serviteurs, dont je me metcz au rang. De celuy de qui je vous parle, je ne m'en suis jamais plaint, pour ce que je voyois que vostre affaire le requeroit. Je ne vous en reparleray plus pour cette heure, car j'aurois peur. Monseigneur, qu'en parlasse en passion; mais je vous en diz vérité. Nous sommes à présent à envoyer à Rome, à Venise, en Allemagne, en Angleterre, pour rompre les grandes suspicions. J'ay fort commencé choses qui ne sont de petits mouvemens; et si je pouvois, je irois devers vous; mais je tiens bien mal, pour la grande nécessité de vostre service. Qui sera la fm de ma lettre, en vous suppliant très humblement la prendre de bonne part et m'avoir tousjoursen vostre bonne grâce etsouvenance, à laquelle Vostre Majesté m'y tiendra, s'il vous plaist, pour tousjours. — Monseigneur, je supplye le Créateur vous donner très bonne vye et longue. — De Millau, le dixiesme jour de juin. — De la main de Vostre très

humble et obéissant serviteur, Charles. — Je n'auray pas les gallercs du roy de France; car le vice-roy les a avec luy. Monseigneur, je vous asseure que le vice-roy qui a mené le roy de France, n'est cause de quoy il est pris'. »

Pescaire se plaignit également et avec d'autant plus de force que Charles-Quint paraissait avoir jusqu'à présent oublié les services qu'il venait de lui rendre'. — Mais Lannoy avait alors loute la confiance de son maître et les plaintes formulées ne produisirent aucun elfe t. C'est même lui qui empêcha que François 1"" ne fut enfermé dans la forteresse de Jativa, aux environs de Valence, inaccessible par son double fossé, ses trente tours et le site montagneux qu'elle dominait orgueilleusement ; il fit en effet comprendre à l'empereur qu'il agirait avec prudence en gardant son prisonnier auprès de lui et qu'il arriverait mieux à ses fins par un traité que par une guerre devenue dangereuse, étant donnés le mécontentement d'Henri Vlll et l'attitude de l'Italie, Aussi se trouva-t-il assez disposé à étudierla demande d'entrevue formulée par François I" ainsi que la trêve nécessaire à ce que les plénipotentiaires pussent traiter en Espagne des conditions de la paix ; le roi avait aussi demandé un sauf-conduit pour sa sœur la duchesse d'Alengon. Au sujet de Bourbon, il avait mis ce paragraphe'^ : (( Si luy est parlé d'icelluy de Bourbon, respondra que ja çoit que ses prétendus biens soient par raisonnable cause, comme il est bien notoire, à la main dudit seigneur, néantmoins, pour complaire audict seigneur Empereur, ledict seigneur sera content donner et payer par chascun moys audict de Bourbon, par voye de

1. Voir, en pendant, les lettres de Lannoy à Charles-Quint, l'une de Villafranca, le 10 juin, l'autre de Palamos, le 17, dans Correspondenz des kaisers Karl 1', Lanz, p. 164.

2. Lettre du 30 juillet, Arch. de Vienne : « Todo el mundo visto la passade ha syenapre creydo que yo no estava contente. . y mucho ma& ver despues que yo screvi a v. M., etc. », citée par Mignet.

3. Les instructions avaient été confiées au seigneur de Brion.

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bancque, ce que se monte son revenu par chascun moys, pourveu que luy ne autre, directement ou indirectement, ne mené aucune praticque en France, le tout durant ladite abstinence ^ » Cliarles-Quint ne répondit rien au sujet de l'entrevue, mais consentit à la trêve pour six mois et accorda le sauf-conduit à condition que Marguerite fût munie de pleins pouvoirs pour la cession du duché de Bourgogne. Il donna l'ordre de transférer son captif à huit lieues de Tolède où résidait la Cour impériale, au château de Madrid ; et il fut encore sous la garde d'Alarçon et de ses arquebusiers. « François P'" quitta assez joyeux Benisano, le 20 juillet. Le gouverneur de Valence, le comte Abayda, le neveu du comte de la Oliva, beaucoup de seigneurs et de cahalleros raccompagnèrent jusqu'à Bequena oij il trouva l'évêque d'Avila. A Santorcaz, il revit le vice-roi de Naples que l'Empereur avait déjà dépêché vers lui. Pendant les trois semaines qu'il mita traverser l'Espagne, de Benisano à Madrid, son voyage fut celui d'un roi et non d'un prisonnier. A Guadalajara, il reçut du duc de rinfantando, auquel cette ville appartenait, les plus magnifiques fêtes. Trois jours durant, ce grand seieneur le fit assister à des courses de taureaux, lui donna le spectacle de joutes et de tournois, lui procura tous les divertissements qu'on ne trouvait qu'à la cour des princes. De Guadalajara, François P"' vint à Alcala de Hénarès. Toute la ville, ayant à sa tête la célèbre Université d'Alcala qui comptait onze mille étudiants immatriculés, se porta à sa rencontre et lui ht une réception solennelle. Il arriva enfin le 17 août à Madrid où l'attendait la plus longue et la plus pénible captivité'^. »

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