‹ Le connétable de Bourbon, 1490-1527Chapitre 270 sur 366 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

par une pluie très forte en compagnie du cardinal légat Salviati et de toute sa cour; il lui dit qu'il était la personne au monde qu'il désirait le plus voir. — Voici d'ailleurs le récit scrupuleux de toute cette entrevue par le capitaine Gonzalo Hernandez de Oviedo y Valdès qui en fut témoin ^ : « Le 15 novembre, M. de BourJjon entra à Tolède par une grande pluie. L'Rmpereur sortit pour le recevoir ; mais, peu d'heures auparavant, Sa Majesté avait envoyé au devant de lui son premier majordome, gouverneur de Bréra, pour dire au duc de Calabre qu'il voulût bien céder pour ce jour-là sa place auprès de la personne de Sa Majesté à M. de Bourbon; c'était la première fois que pareille chose se verrait et afin d'honorer le duc de Bourbon, mais elle ne se renouvellerait pas un autre jour car elle n'était jamais qu'accidentelle et n'avait lieu que comme démonstration d'honneur; pour le duc, c'était de plus de jure. Le duc répondit qu'il baisait les pieds de Sa Majesté pour ce qu'elle lui envoyait dire et qu'il n'avait qu'à faire ce que Sa Majesté lui demandait. L'Empereur sortit donc de son palais pour recevoir Bourbon; il avait à sa droite le cardinal légat du Pape et à sa gauche le duc de Calabre. Et quand l'Empereur s'arrêta pour attendre ledit duc de Bourbon dans l'endroit oi^i ils se rencontrèrent, ou un tout petit peu avant, le duc de Calabre et le marquis d'Aguilar se séparèrent, et le premier s'en vint un peu en avant de l'Empereur. Quanta la façon dont se passa la réception, la voici : Lorsque l'Empereur reçut, beaucoup de jours auparavant, l'avis de la venue de Bourbon, il ordonna à l'évoque d'Avila, Francisco Ruiz, d'aller à sa rencontre, à la frontière de Castille, à Requena, ville qui est aux confins du royaume de Valence; avec ledit évéque, il y avait un alcade, deux alguazils, et

1. Documentas ineditos, etc., p. 403, ReZac/on, etc. — La traduction que nous en donnons est littérale ; elle rend le texte dans toute sa naïveté.

deux (' aposentadores » pour lui faire préparer le confort du chemin; et l'évèque voyagea très bien accompagné avec en plus quelques chevaliers. Il attendit dans ladite ville de Requeûa oii arriva le duc de Bourbon; révoque sortit alors avec toute sa suite et tous les gens de la ville pour le recevoir. Et avec le duc de Bourbon venait beaucoup de monde et des chevaliers, les uns Français, les autres, Italiens et Espagnols, tous gens de guerre; et le duc alors fit son chemin en plusieurs journées et parvint à Tolède. Plus de cent chariots entrèrent d'abord, recouverts de draperies semées de fleurs de lys; et, au coin de chacune, il y avait les armes du duc dans un écusson, armes qui sont trois fleurs de lys d'or sur champ d'azur avec un profil de gueules de travers, en bande, et sur chaque écusson, il y avait aussi sa couronne ducale ; d'écu à écu, il y avait encore une bordure brodée représentant des cerfs avec des ailes et des banderoles^ avec une lettre qui disait- : Espérance! La personne de Bourbon était de jolie disposition de corps et très gentille, la figure gaie et grave qui représentait bien qu'il était un seigneur, la barbe épaisse et noire; il était vêtu d'un sayon de velours noir doublé de toile d'argent et orné par places de nœuds et d'ourlets de la môme toile d'argent, et d'ourlet à ourlet, beaucoup de crevés de velours qui découvraient la toile ; sur la tète, il avait une coifl"e dorée^ qui ne laissait voir aucun cheveu, et, par dessus, un petit chapeau noir en soie ; son cheval était bai à la bâtarde^, garni de harnais d'acier et de velours noir.

« Et une fois qu'il fut entré sur le pont d'Alcantara, le premier majordome de l'Empereur arriva vers lui; ils se touchèrent les mains avec beaucoup de courtoisie, le bonnet à la main; et une fois qu'il eut dépassé

i. LiUéralement : écriteaux.

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