LIVRE IV
le pont', arrivèrent le seigneur Antonio de Fonseca, « Contador mayor » et Hernando de Vega, premier commandeur de Castille, de l'ordre de Santiago, tous ayant le bonnet à la main, avec de grandes démonstrations d'amour. Plus en avant, l'Empereur était arrêté déjà près de la clôture sur la rivière, sous les fenêtres du monastère de Sainte-Marie del Carmen- Derrière tout ce que je viens de dire arrivèrent, pour donner la bienvenue à Bouibon, le duc d'Albe, le duc de Béjar, le connétable de Castille, le duc de Najara, le connétable de Navarre, l'Amiral des Indes, le marquis de Villat'ranca, le comte de Haro, fils aîné du connétable de Castille, le comte de Ribagozza, don Alonzo d'Aragon, fils aine du duc de Luna, le comte de Monteagudo, le comte de Sirvela, le comte d'Orgaz, le comte de Fuensalida, le Prieur de San-Juan, les évêques de Mondonedo et de Ciudad- Rodrigo, don Garcia de Padilla, premier commandeur de Calatrava, le secrétaire Francisco de lus Cobos, et beaucoup d'autres seigneurs.
« L'empereur s'était arrôtécomme je viens de le dire, et quand Bourbon fut à la distance de dix pas de Sa INlajesté, il descendit de cheval. L'empereur, allant vers lui, dit qu'en aucune façon il n'avait besoin de descendre de chevalet, piquant sa mulo avec ses éperons, s'en approcha pour l'en empêcher, mais Bourbon ne le laissa pas faire et mit un genou en terre, lui demandant la main le bras tendu. L'empereur se laissa glisser de sa mule en embrassant Bourbon et il le tint ainsi embrassé un bon espace de temps. Puis Bourbon lui dit : « Voire Majesté ne devrait pas prendre autant de peine dans un jour comme celui-ci pour son vassal et serviteur. » (11 lui disait cela parce qu'il avait beaucoup plu et qu'il pleuvait encore.) — L'empereur répondit : «Ceci, et bien plus encore doit être fait pour votre
1. Littéralement : Une fois qu'il fut sorti de l'arc tendu sur la rivière.
personne, car elle est digne de tout cela; » et il le fit monter à cheval et le mit à sa gauche (parce que le cardinal légat du Pape était à sa droite), et ainsi allèrent- ils jusqu'au palais sous beaucoup de pluie. Bourbon s'y arrêta avec Sa Majesté et soupa cette nuit-là avec le comte de Nassau, grand camerlingue. Les premières paroles que Bourbon dit à César après qu'ils furent montés à cheval en continuant le chemin vers la ville, furent celles-ci : « Sire j'ai perdu mon état en votre service, et, quant au reste, j'ai fait de ma personne ce que je vous offris autrefois comme chevalier, bon serviteur et vassal; et déjà je rends grâce à Dieu que les choses soient dans l'état où elles sont pour la plus grande gloire et avec la victoire de Votre Majesté; et, si au lieu de perdre mon état, j'avais dû perdre un grand royaume, je l'aurais fait volontiers en trouvant cela bon et bien employé. » L'empereur lui répondit ainsi : « Duc, votre état n'est pas perdu ni ne se perdra; vous aurez votre état et je vous en donnerai en môme temps un autre plus grand ; je sais que tout ce que vous dites est vrai, et le temps et mes œuvres montreront la volonté que j'ai de vous agrandir. En vous voyant, j'ai en vérité vu l'homme que je désirais le plus connaître au monde, car, par ce que vous avez fait, je vous tiens pour très remarquable ». Et, continuant son dialogue, le duc répliqua : « Sire, je voulais, le jour de la bataille de Pavie, suivre la fortune^ ; si je cessai de le faire, c'est que je connus que cette volonté n'était pas celle de quelques principaux chevaliers de votre armée ; et il me parut alors, ceci connu, qu'il convenait mieux au service de Votre Majesté de pourvoir avec égard à la garde du Boi de France et des prisonniers les plus importants. C'est pour cela que cessa la poursuite et que je ne lis plus alors attention qu'à ce qui se rapportait à la victoire et à fixer sur elle tous les soins qu'elle