Captivité, etc., p
n'hésita pas à déclarer la rupture impossible', ne voyant aucun moyen de faire renoncer le lieutenant général de l'empereur. Bourbon, quand il sut ce qu'il en élait, se plaignit tout haut; il se montrait à juste titre atteint dans son honneur et dans sa fortune ; il représentait ses services, qu'il avait perdu ses états pour l'alliance de l'empereur et que ce serait bien mal que de lui refuser celle qui lui avait été promise avec solennité, au vu et au su de tous ; il ajoutait qu'il tenait même plus à ce mariage, et à la parenté qu'il devait lui valoir qu'à recouvrer son ancienne grandeur-, sachant ainsi se montrer courtisan habile dans sa violente résistance. « L'empereur, placé entre sa parole et sa politique, était fort embarrassé. Il consulta la volonté de sa sœur. Lorsque la duchesse d'Alençon avait deuiandé la première fois en mariage, pour François L% la reine Eléonore, celle-ci, alors en pèlerinage à Notre-Dame de Guadalupe, avait annoncé que la volonté de l'empereur serait la sienne. Lannoy était plus que jamais en lutte ouverte avec Bourbon à ce moment-là... Lannoy aussi prononcé pour la paix avec François P'' et aussi favorable à sa délivrance que le chancelier Gattinara était bien porté pour Bourbon et trouvait conforme à la bonne politique d'affaiblir François P'', Lannoy fit demander à la veuve du roi de Portugal si elle voulait devenir reine de France ou être la femme d'un duc fugitif. Eléonore montra cette fois de la volonté et, sans hésitation, déclara sa préférence pour François P'^. »
1. Letfere del conte Baldessar Casliglione, Padova, ia-4°, 1769, t. II, p. 8 : Lettre du nonce Gastiglione à l'archevêque de Capoue, 9 décembre, de Tolède.
•2. Il insistait tout spécialement sur la nécessité du mariage d'Eléonore de Portugal avec Bourbon « even so far as to incur the displeasure of the emporor by sayng theat he had trained the duke out the France only upon hope of "that maj'riage gand that now breaking it oIT would be to dishonour of the emperor ». Dépêche du D-- Lee à Henri Vlil; 26 janvier, de Tolède. Slale paper-s, t. VI, p. 521 et o22, note 2, Sandoval, liv. Xlll. — Gachard, Retraite et movt de Chavles-Quint an monastère de Ymte, t. II, p. 534. — Lettre de Charles-Quint à Luis Quijada.
3. Mignet, t. II, p. 183, 164. — Sandoval raconte ainsi les faits d'après,
Charles-Quint fit venir Bourbon et s'efTorça de lui faire comprendre qu'il devait céder puisque ce mariage se trouvait être malheureusement la condition même de la paix et que, sans lui, il ne pourrait ni recouvrer la Bourgogne, ni s'entendre avec le roi de France. Il le suppliait de donner son consentement, avouait être désolé de devoir agir de la sorte et qu'il ne le faisait que pressé par les circonstances, plus fortes et plus impérieuses que sa volonté ; comme dédommagement, il s'engageait à lui réserver le duché de Milan où Bourbon était très connu et très aimé, comptant en dépouiller Sforza pour le punir de s'être uni à la ligue italienne. — Voici comment le nonce apostolique Gastiglione raconte les faits à l'archevêque de Gapoue, Schomberg ; « Le même Bourbon a fait entendre au très révérend légat et à moi que ce matin l'Empereur lui a parlé pour lui dire ce qu'avait demandé le roi très chrétien et que, si lui s'en contentait, toutes les autres choses s'arrangeraient. Bourbon lui répondit que Sa Majesté ferait ce qui lui plairait, mais que, pour sa part, il estimait plus être son beau-frère qu'être à la tête d'aucun état et royaume qu'il lui pourrait donner ; et il parait que l'Empereur lui a certifié que, s'il ne s'en contentait pas, il ne serait pas content non plus. Monseigneur de Bourbon se désespéra et il me parait qu'il extravagua ; car, après avoir dit que l'heure était venue de servir le pape, les Vénitiens et l'Italie, il dit que, de même que l'Italie portait malheur et que l'Empereur la ruinait, de même, quant à lui, il trouverait le moyen de la châtier. Il dit encore que le très révérend légat et moi faisions de mauvais offices contre lui auprès de Sa Sainteté et cela parce que nous recommandions la cause du duc de Milan quai vorrebe ecjli essere in ogni
dit-il, les papiers de Simancas : « Vi en Simancas las ecrituras que sobre esso se hizieron, y como Borbon y Carlos de Lannoy eran enemigos... »
332 LE CONNÉTAr.LE DE BOURBON
modoK » — A la longue, Bourbon céda sur le mariage, grâce à cette promesse du duché de Milan. Charles-Quint fît alors déclarer au roi de France qu'il renonçait à réclamer la possession des comtés de Màcon et d'Auxerre et de la seigneurie de Bar-sur- Seine, annexes du duché de Bourgogne qui devaient être constituées en dot à Eléonore '. Bestait à savoir s'il rendrait François I" à la liberté avant d'avoir été mis en possession du duché de Bourgogne. Lannoy le •conseilla et Gattinara fit de son mieux pour dissuader son maître d'une résolution qu'il jugeait en tous points néfaste ; il affirmait que le roi une fois libre ne rendrait jamais ce qu'il avait commencé par refuser pour le devenir et que c'était perdre tout le bénéfice de la victoire que de conclure un traité pareil. Charles-Quint ne suivit pas cette fois les avis de son chancelier, sans doute parce que la situation ne lui permettait pas d'attendre plus longtemps. « La trêve était sur le point d'expirer ; la guerre en recommençant rendrait incertain tout ce qui était assuré par le traité. L'Empereur n'avait plus l'appui de ceux qui jusque-là l'avaient soutenu ou la neutralité de ceux qui l'avaient laissé vaincre. Le roi d'Angleterre, sans se déclarer encore son ennemi, était devenu l'allié de François 1". Les potentats italiens qui avaient été précédemment ses confédérés ourdissaient contre lui des trames dangereuses. Il connaissait les projets d'union des Vénitiens, des Florentins, du Pape, et du duc de Milan avec la France. Ce que Pescaire lui avait révélé en lui conseillant d'être moins difficile sur les conditions de la paix avec le roi, la Bégente l'avait laissé entendre à son ambassadeur, Louis de Praët, dans l'espoir que cette crainte porterait l'Empereur à se montrer plus accommodant. La lutte môme avait com-