‹ Le connétable de Bourbon, 1490-1527Chapitre 28 sur 366 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

affirmait parler de la sorte au nom du roi. Les Suisses acceptèrent et partirent. Mais le roi ne cacha pas son mécontentement; il fit savoir aux Suisses qu'il n'était pour rien dans un pareil marché, désavouait son général et ne tiendrait jamais les engagements que celui-ci venait de stipuler à la légère sans lui demander conseil; néanmoins, il consentait à écouter les Suisses, et à s'entendre avec eux pour établir les bases d'une convention nouvelle; personne plus que lui ne souhaitait de voir leurs rapports devenir excellents comme par le passé. Les Suisses, refusant ces avances, déclarèrent vouloir s'en tenir aux seules promesses de La Trémouille; et, comme l'envoyé du roi refusait de s'en porter garant, ils revinrent en Bourgogne. Le roi y envoya aussitôt Bourbon avec 16.000 hommes darmes, 4.000 lansquenets et 3.000 gens de pied; il lui conférait pleins pouvoirs pour visiter et préparer les villes, places fortes et châteaux; il expédiait en même temps l'ordre à La Trémouille ainsi qu'à ses capitaines dobéir en tout et pour tout au nouveau chef qu'il venait de leur donner. — Bourbon arriva le 15 novembre « et fut receu en si grand honneur comme si la personne du roy y fut arrivée : car la cour de parlement, les gens des comptes et autres officiers du loy, capitaines, baillifs et autres, avec le maire et échevins de la ville vindrent au devant de luy et aussi les églises avec la croix et reliques bien avant hors la porte de ladite ville ^ ». Son entrée à Dijon eut donc une sorte d'aspect triomphal; il y fut logé à l'hôtel du roi. Il réunit tous les capitaines dans une assemblée qu'il présida et prit ses dispositions. Tous se déclarèrent enchantés d'être sous ses ordres, même La Trémouille qui lui dit l'être d'autant plus que si le bon plaisir du roi en avait choisi un autre, il aurait refusé l'obéissance et serait retourné dans ses terres.

Les Suisses étaient revenus très vite et tandis que l'on croyait avoir encore le temps de réunir les forces nécessaires. Bourbon et La Trémouilie firent rassembler tout ce qu'il y avait de gens armés dans les provinces voisines' et en grande hâte, mais sans parvenir cependant au nombre qu'ils espéraient atteindre. Bourbon comprit qu'un combatcomportait, étant donné l'état actuel des choses, trop de hasard et que le mieux serait de gagner un ou deux mois afin de se mettre en état de défense. Dijon par exemple ne pouvait tenir avec ses remparts en terre. 11 en fut donc réduit, comme son prédécesseur, à « faire appoinctement- » ; Marillac ne nous dit pas à quelles conditions; il est probable que ce fut moyennant une forte somme d'argent; mais on ne parla plus du Milanais. Les Suisses consentirent parce qu'ils ne jugeaient pas le moment d'agir encore venu; ils attendaient une nouvelle attaque d'Henri Vlil ou de Maximilien et comptaient se jeter sur la France avec d'autant plus de succès que la plus grande partie des forces royales se trouverait alors occupée ailleurs. Ils promirent de se retirer en respectant les terres où ils passeraient ; ils ne le lirent pas ; des bandes se formèrent, comprenant des gens de toutes sortes, et pillèrent comme par le passé. — Bourbon n'hésita pas. 11 divisa son monde en petites troupes auxquelles il donna l'ordre de se porter au plus vite vers tous les points où des pillages étaient signalés. Cette action l'apide valut d'heureux résultats et, au bout de peu de temps, rétablit une certaine tranquillité. 11 ne s'en tint pas là ; inquiet de l'avenir et comprenant que de pareils faits ne manqueraient pas de se reproduire, il lit mettre en lieu sûr dans les villes toutes les récoltes et tous les vivres disséminés dans les villages. Il rétablit en plus le fonctionnement administratif sur tout le ter-

1. Bourgogne, Dauphiné, Champagne, Berry, Nivernais, Bourbonnais, Limousin, Auvergne, Forêts, Lyonnais. — Marillac.

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