‹ Le connétable de Bourbon, 1490-1527Chapitre 29 sur 366 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

ritoire où il commandait, tempéra les abus et s'acquit la confiance des châtelains comme des bourgeois'. 11 disciplina les troupes elles-mêmes qui se laissaient aller a abuser du paysan qui les logeait et séjournaient, ici et là, un peu au hasard, sans exécuter les ordres reçus, restant indéfiniment aux endroits où il y avait à gagner, même si elles avaient le devoir de se porter ailleurs. Enfin, il fit fortifier à nouveau Ghâlons, Beaune, Dijon, Aussonne et les autres places importantes du Lyonnais, de la Cbampagne et du Dauphinc. Le pays s'établit ainsi sur un pied de défense tel q<ie les Suisses n'osèrent plus s'y risquer.

fendant ce temps, Louis XII s'était adroitement rapproché de Léon X en rejetant le concile de Lyon ; il concluait bientôt une trêveavecMaximilien et Ferdinand le Catholique; ilsignaitavecHenri VlIIle traité de Londres par lequel ce dernier gardait Tournay et devait recevoir pendant dix ans 100.000 écus d'or. L'année suivante, veuf d'Anne de Bretagne depuis dix-huit mois, il épousait la sœur d'Henri VIII, Marie d'Angleterre, malgré ses seize ans et quoiqu'il en eut cinquante-deux. Cette disproportion d'âge fut fatale à ce souverain habitué à la chaste bretonne; le contraste était trop violent entre

1. << Par quoy mon dit sieur le duc connoissant que les prévôts et lieutenants qu'il avoit ordonnés sur chacune compagnie à peine reprendroient-iis leurs compagnons, ci'éa deux autres lieutenants du prévôt des marécliaux et leur commanda aller après tous les quartiers des dites garnisons pour faire cesser les dits alnis ; et. pour les conseiller, leur bailla à chacun un clerc, avocat en parlement tel que la dite conr du parlement luy déclara. Et, non content de ce, mon dit sieur le duc, bailla es dit lieutenants un gentilhomme de sa maison, auquel il en chargea expressément de tenir la main avec le dit prévôt, et que justice fut faite des dits abus, et que rien ne passât par dissimulation pour prière, pour menaces, pour argent ou autrement, car il vouloit à toutes fins que lesdites pilleries cessassent. Et de fait, la commission du dit prévôt exécutée avec les deux susdits a fait esdites compagnies qu'elles ne vont plus vaguant d'une garnison en autre et que sur le lieu ils vivent à la taxe que mon dit sieur le duc leur a faite, qui n'est pas si grande que celle du marché, ni si petite que le marchand ne se puisse sauver sur toutes marchandises et vivres, dont les gens d'armes ont afTaire : et quand vient à la montre, s'il n'y a nulle plainte du côté de ceux qui ont fourni les dits vivres, ils sont les premiers payés. » — Marillac, Vie du connélahle de Bourbon.

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Fancienuereineetla nouvelle, aimable fille, très avancée comme le sont les Anglaises, « galante, audacieuse et déjà pourvue d'un amant' ». Le roi ne pouvait guère se montrer sans péril à la hauteur de sa tâche. « Il voulut faire du gentil compagnon ; où il souloit dîner à huit heures convenoit qu'il dinast à midi ; où il souloit coucher à dix heures du soir; souvent se couchoit à minuit- )>. Ce régime nouveau, à un âge où il vaut mieux ne pas changer ses habitudes, le fit dépérir peu à peu et il mourut dans l'hôtel des Tournelles, le l*" janvier 1515. — La noblesse et le peuple le pleurèrent également.

Un peu avant sa fin, il avait eu l'idée de nommer le duc de Bourbon connétable, « voulant faire de luy son écu et bouclier'^ ». Ce titre envié, le premier du royaume, lui fut conféré par le duc d'Angoulôme qui devenait François P', et c'est Marillac qui eut le plaisir de l'annoncer à son maître comme celui-ci venait à Paris faire sa cour; il conservait en même temps le gouvernement du Languedoc avec 24.000 livres. « Et mon dit sieur, arrivé qu'il fut devers le roi François, lui fict la révérence'*. » — Répétons, selon l'ancienne coutume, cette belle et simple phrase par laquelle s'exprime la force du pouvoir monarchique, le seul

1. Michelet, jF/is^où'g de France, t. X. — Cette princesse était, en effet, une assez dangereuse personne : « Henri Vlll, comme l'on verra dans la suite de cette histoire, dit Varillas (p. 14, t. I, Histoire de François l". La Haye. MDCLXXWl), avait une sœm- dont la beauté lui était un mal domestique ». Et il écrit encore plus loin: « ... mais enfin, coHune il est difficile qu'une femme se défende longtemps d'aimer rinand elle ne pense qu'à être aimée, la princesse d'Angleterre, après avoir donné de l'amour à tous ceux que son frère appréhendoit, en reçut à son tovir du côté qu'il craignait le moins. » Son amant fut un nommé Georges Brandon qu'on annolilit et qui devint comte de Suffolc. On fut surpris d'abo7"d, mais ensuite « on s'y accoutuma toutefois, soit que la mode fut alors d'aimer au-dessus et au-dessous de sa condition, soit que les courtisans n'y ])rissent pas plus d'intérêt que le roi. » SulVolc, dans la suite, après la mort de Louis XII, épousa la reine, (juand il fut bien avéré qu'elle n'était pas enceinte.

2. Seysscl, Histoire du bon roij de France Louis XII. 'A. Marillac, Vie du connétable de Bourbon.

'i. Id.

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