‹ Le connétable de Bourbon, 1490-1527Chapitre 282 sur 366 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

mière fois. Monsieur d'Alençon avoit commandé Tarrière-garde à la bataille de Pavie ; et, au lieu de secourir le Roy, il avoit fui honteusement. 11 étoit mort à Lyon de honte et de rage de sa lâcheté. Monsieur de Bourbon souhaitoit ardemment de voir Madame d'Alençon et de la voir dans un estât oii il lu y seroit permis de l'aimer. Il s'embarqua à Gênes et arriva en peu de temps à Madrid sous prétexte de venir discuter le traité qui salloit conclure entre l'Empereur et le Roy'. L'Espagne ne vit point sans admiration ce grand prince qui faisoit le destin de l'Italie. On se souvint qu'il en avoit autrefois honteusement chassé l'Empereur Maximilien lorsqu'il estoit à la tête des François, et que ces mesmes François avoient esté 'vaincus lorsqu'il s'étoit déclaré contre eux. Il alla saluer l'Empereur et la reine de Portugal. On n'oublia point à luy rendre tous les honneurs dus à son mérite. En effet, c'estoit à luy que l'Empereur estoit redevable du gain de la bataille de Pavie... mais, au travers des civilités affectées de la Cour impériale, il reconnut qu'il y estoit à charge. On luy avoit les dernières obligations, et on ne les avoit payées que par les plus cruelles injures. L'Empereur acheva de signaler son ingratitude en préparant ce prince à ne pas épouser la reine de Portugal, .le vous en laisse le maistre, luy dit l'Empereur, mais le Roy de France est veuf de la reine Claude ; il demande cette princesse en mariage. Ce sera le sceau du traité. On vous doit restituer toutes vos terres. Vous ne serez point obligé de retourner en France. Je m'acquitteray de ce que je vous dois en vous donnant le duché de Milan. « Monsieur de Bourbon conçeut toute l'infidélité de l'Empereur. Ce n'est pas qu'il ne fust ravi d'estre dispensé dépouser la reine de Portugal. Quant on la luy auroit accordée, il eust refusé cethonneur, depuis qu'il sçavoit que Madame d'Alençon estoit veuve. Mais cela

1. Quelles commodes et charmantes façons d'arranger l'histoire !

ne l'empeschoit pas de reconnoître la perfidie de FEnipereur qui, après avoir tiré de liiy les services Jes plus importants, n'exécutoit aucun des articles du traité qu'il avoit fait avec luy et croyoit Tassurer de TofFre d'un duché qui n'estoit point à TEmpereur et qui estoit possédé par Sforce. Aussi conceut-il dès ce moment une haine violente contre l'Empereur. Elle devint d'autant plus grande qu'il la luy fallut renfermer dans son cœur. Il attendit avec impatience l'occasion de s'en venger; elle n'étoit pas difficile à trouver. Il avoit laissé en Italie une armée victorieuse commandée par des chefs qui estoient à luy, d'ailleurs disposés à lui obéir aveuglément. — Le lendemain, il alla voir Madame d'Alençon : Il la trouva seulement accompagnée d'une seule fille en qui elle se confioit. Ils sentirent je ne sçay quelle émotion en se voyant Tun Tautre. « Je vous revoy, Madame, luy dit-il, j'oublie tous mes malheurs en goûtant ce plaisir. Ne l'empoisonnez pas par des reproches qui sont justes à la vérité mais que ce n'est pas à vous de me faire. — Je dois les augmenter, ces reproches, répondit Madame d'Alençon, depuis que je vous les ay faits, vous n'avez songé qu'à en mériter de plus grands. Envisagez, Monsieur, jusqu'où a esté vostre vengeance. Vous l'avez portée si loin que vous vous y êtes vous mesme compris. — Ah ! laissons-là, Madame, reprit Monsieur de Bourbon, laissons un souvenir fâcheux. Laissez moy goûter seulement le plaisir de vous voir et de vous voir dégagée d'un lien indigne de vous. Vous n'avez plus à m'opposer la vertu et le devoir. Je vais connoitre si vous m'avez aimé. Vous me revoyez après une longue absence, plus amoureux mille fois que je ne l'ay jamais esté. Mon amour m'a soutenu au milieu de mes adversitéz. Mon cœur me disoit qu'un temps plus heureux succéderoit à mes disgrâces. Parlez, Madame, que faisoit le vôtre pendant que le mien ressentoit tant de tendresse? — Hé quoy. Monsieur, interrompit la duchesse, vous me parlez comme si vous

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