Louise de Savoie
VOUS, tâchez de ramener demain dans les jardins de Madrid ^ Nous y prendrons des mesures pour sortir tous les trois de captivité.
« La princesse quitta le roy et manda M. de Bourbon qui estoit à Tolède. Lors qu'il fut arrivé, elle le fit déguiser en escuyer. Il y en avoit toujours un qui l'accompagnoit chez le roi. G'estoit au milieu de Testé que les promenades du soir sont délicieuses. Le roy estoit dans un cabinet du jardin, entouré de palissades de jasmins et d'orangers. M""" d'Alençon entra dans le jardin, suivie du feint escuyer et d'une fille d'honneur. Lorsque M. de Bourbon fut entré dans le lieu oii le roy estoit seul avec Montpezat, il se jetta à ses pieds. «Je suis indigne de voir mon roy, luy dit-il ; et si sa bonté ne surpassoit encore mon crime, je resterois toute ma vie en proye au désespoir et à la fureur. Je viens. Sire, vous demander un généreux pardon, et mourir à vos genoux jusqu'à ce que je laye obtenu. » Le roy le releva avec cette douceur qui luy attiroit tous les cœurs. » Oublions, luy répondit-il, les sujets que nous avons de nous plaindre l'un de l'autre, si je n'ay pas mis de bornes à l'injustice de ma mère, vous n'en avez point mis à vostre vangeance. Avouez que vous êtes acquitté. — J'avoueray, reprit M. de Bourbon que vous estes le plus grand et le meilleur de tous les roys et je ne goûteray jamais de bonheur que je n'aye fait oublier à Vostre Majesté par le nombre de mes services, la grandeur de ma faute. » Ils entrèrent ensuite dans le détail de leurs affaires. « Sortez, Sire, dit M. de Bourbon au roy, sortez à quelque prix que ce soit, des mains de vostre ennemy. Que la grandeur de ses demandes ne vous étonne point. Accordez luy tout. Vous ne serez pas plus engagé puisque la liberté vous manque sans laquelle on n'a jamais pu faire de traité. Laissez agir
1. Il est difficile de croire que. même surveillé, le roi allait ainsi se promener dans« les jardins de JMadrid ».