‹ Le connétable de Bourbon, 1490-1527Chapitre 285 sur 366 · LIVRE IV 3n · texte numérisé non relu

LIVRE IV 3n

vostre parlement et vos sujets. Ils vous disculperont suffisamment des conditions qu'on vous aura imposées. Pour moy, j'espère faire voir un jour qu'il n'auroit pas dû traiter ainsi un roy que la fortune seule luy a livré, ni un prince qui n'est devenu malheureux que pour s'être lié à sa parole. » M. de Bourbon expliqua ensuite au roy que l'Italie n'avoit pour défense qu'une armée que ses libéralités luy avoient absolument gag'née et qu'il se feroit d'autant moins un scrupule de la faire soulever contre luy quelle avoit été levée de l'argent et par les soins de M. de Bourbon, et que l'empereur ne l 'avoit jamais soudoyée. 11 ajouta que l'empereur n'avoit aucun droit sur l'Italie et que, s'il plaisoit à Sa Majesté, il s'y procureroit un établissement digne d'estre offert à M™'' d'Alençon.

<( Le roi sourit et admira l'adresse de ce prince; ensuite il se retira dans un coin du cabinet et laissa ensemble ces deux amans. Là, le roi tira ses tablettes et y ayant écrit ce qu'il souhaitoit, il vint rejoindre M. de Bourbon et luy dit en les luy présentant : « Votre repentir et le conseil que vous me donnez réparent tout ce que vous avez fait contre moy. 11 est juste que je répare de mon costé ce que je puis avoir fait contre vous. )) M. de Bourbon ouvrit les tablettes et y lut ce qui suit :

« Je donne ma parole royale à M. de Bourbon d'exécuter les conventions cy après; et je luy promets, foy de cavallier, afin d'y estre engagé et comme roy et comme honneste homme. Je luy feray expédier, en bonne forme, des lettres d'abolition pour luy et pour tous ses amis. Je luy donne dès à présent, M""* d'Alençon, ma sœur, en mariage et la solennité s'en fera aussitôt qu'il aura quitté le parti de l'empereur. En faveur de ce mariage, je luy cède tous les droits que j'ay sur le royaume de Naples et promets de l'aider à le conquérir d'une armée navale de cent voiles. Enfin,

si la fortune luy est contraire dans celte conqueste, je kiy rendrav tous les biens qu'il a possédez en France et la charsce de connestable ; je luy ferai raison de ses droits sur la Provence.

François. »

La générosité du roy charma M. de Bourbon et augmenta son repentir d'avoir combattu contre luy. Il le remercia en des termes pleins de reconnaissance et de tendresse. Ces deux grands princes s'embrassèrent et le roy ordonna à M""" d'Alençon d'embrasser M. de Bourbon. « Voilà votre époux, luy dit-il ; il y a longtemps qu'il est digne de vous ; aimez moy pour l'amour l'un de l'autre et que rien au monde n'altère notre amitié. » M"'' d'Alençon obéit au roy avec modestie. « Deffendeznous de Madame, luy dit agréablement cette princesse. — Je vous le promets, luy dit le roy : son amour a assez fait répandre de sang. » — Varillas parle dans le même sens, et dit que Bourbon, enchanté, « ne se mettoit plus en peine delareineEléonore depuis qu'il avoit revu la duchesse d'Alençon- ». Ce singulier roman, dans certaines de ses parties, ne manque d'ailleurs pas d'une sorte de vraisemblance.

Quoi qu'il en soit, le 5 janvier 1526, les derniers points en litige étaient débattus dans la conférence de Tolède entre les plénipotentiaires de Charles-Quint et de François P^ Et, là encore, il n'est pas question du mariage avec ]Marguorite d'Angoulème. L'empereur, pour donner le plus de satisfaction possible à Bourbon, insiste seulement afin que le roi lui cède la souveraineté dans toutes les seigneuries qui devaient lui être restituées et François V% de son côté, se montre intlexible dans son refus'. François I" était d'ailleurs

1. Histoire secrète du cou»étal)li' de Bourtwn, p. 29o-3Lj. — Cette histoire est attribuée à Baudot de Jutliy.

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