LIVRE II
Ce « gros garçon' » qui avait inquiété Louis XII fut plus grand roi qu'on ne Va prétendu, et, en tout cas, un beau prince. Son (-ducation en compagnie de sa sœur Marguerite, sous la surveillance ambitieuse de Louise de Savoie, est connue. Dès son enfance, la perle des Valois^ adora son frère d'un amour violent et total, peut-être même singulier, mais trop charmant pour encourir le blâme; elle lui resta toujours dévouée, faisant passer François avant toute autre considération, malgré la dureté qu'il manifesta parfois envers elle dans la suite. Ce fut une curieuse société que celle oîi grandirent les deux jeunes gens, intelligente et fine, ayant le goût des arts et de la vie, et entendant trop bien le sens de cette dernière pour s'attarder à des regrets dans des circonstances graves; cette société-là savait mêler la morale des romans de la Table Ronde à celle des contes de Boccace ; c'est par elle que le futur roi de France acquit cette belle humeur qu'il n'abandonna qu'à Madrid, au début de sa captivité, et pour la ressaisir ensuite.
1. Ce gros garçon, disait Louis XII. ne nous vaudra rien de bon.
2. Une jolie légende veut que cette délicieuse femme soit née d'une perle qu'avait avalée sa mère.
Mariée à douze ans à un homme qui en avait vingthuit et se souciait fort peu d'elle, occupé qu'il était par sa maîtresse, une demoiselle Jeanne de Polignac, sa première dame d'honneur, elle reporta son amhition sur ses deux enfants et surtout sur son fils'. Cette amhition ne fit que s'accroître lorsque son mari mourut en 1496. Elle n'aimait guère ce gentilhomme infidèle. Sur son journal, elle écrit laconiquement : « Le premier jour de l'an i49(), je perdis mon mari. » Elle eut la tenue nécessaire; Jean de Saint-Gelais, son historien, prétend qu'elle pleura beaucoup et Jaligny, attaché à la famille, parle de même. Louise de Savoie était alors, âgée de dix-huit ans, une personne blonde, plutôt jolie. Ce Jean de Saint-Gelais, tuteur que lui avait laissé son mari, jeune prélat d'assez haute mine, un peu fatigué par le plaisir, l'aima peut-être, et, en tout cas, prit sur elle un sérieux ascendant. Il l'aida sans doute dans ses entreprises, et lui apprit le maniement des affaires. A Cognac, puis à Amboise, elle allait se révéler maîtresse femme -.
Depuis longtemps elle croyait à l'avenir de François 1". Un an après son mariage, elle avait été voir un moine célèbre, François de Paule, installé par Louis XI à Plessis-les-Tours-^ et auquel Anne de Bretagne avait attribué la naissance de Claude de France. Ce saint homme annonça à Louise qu'elle aurait un fils et qu'il serait roi^ Elle fut si reconnaissante envers le moine qu'elle s'occupa de sa canonisation, dès sa mort, et lui fit faire un sépulcre digne de lui\ Ce trait la montre déjà presque tout entière, dans sa religion bizarre, plus païenne que chrétienne, superstitieuse et
1. Marguerite naquit le 11 avril 1492, et François le 12 septembre 1494.
2. Voir de Maulde la Glavière : Louise de Savoie et Fratii'ois I"\ Perrin, 1895.