LIVRE IV
partit pas à la date indiquée par Hernandez de Oviedo. Il put ainsi assister aux inquiétudes de Charles-Quint qui attendait l'exécution du traité. Le roi de France, plusieurs fois sommé par lui, s'étant contenté de répondre d'une manière fort évasive, l'empereur finit par lui envoyer Lannoy qui arriva le 8 mai 152(3 à Cognac. Le 10, François P'" soutint avec tranquillité qu'il ne pouvait être lié d'aucune manière par un serment prêté en prison, par contrainte, et le chancelier du Prat déclara que la Bourgogne ne pouvait absolument pas être détachée du royaume. Ce langage, d'une extraordinaire impudence après tout ce qui s'était passé, soutenu comme il se trouvait l'être par la situation politique, apparut de suite malheureusement vrai aux yeux de l'Empereur. Henri VIII, en effet, et les principaux potentats d'Italie avaient engagé le roi de France à ne pas exécuter le traité, mécontents et jaloux de Charles-Quint dont le joug pesait sur trop de points à la fois et qui était soupçonné toujours d'aspirer à la monarchie universelle. La ligue italienne dont les plans avaient échoué par suite de l'adresse de Pescaire s'était reformée dès la mort de celui-ci (30 novembre 1525). La régente avait tout activé de son mieux en se mêlant à l'alliance avec Clément VII et Venise*. Le Pape était même sur le point de mettre sa signature au bas du traité lorsque Charles-Quint lui apprit, par le duc de Sessa, son ambassadeur, qu'il ferait évacuer le Milanais dans deux mois et que le duché serait remis à Francesco Sforza. L'Empereur n'avait pas un instant l'idée de tenir parole ; il désirait seulement la neutralité du Pape, et il l'obtint. C'est dans l'intervalle qu'avait été signé le traité de Madrid et que le duché de Milan avait été donné au duc de Bourbon. Une fois qu'il se sut joué, Clément VII reprit le projet d'alliance et de confédération. Tous les ambassadeurs
1. Archives, sect. historique, 963, liasse 5, n° 12: — cité par Migiiet.
se réunirent à Cognac, et, le 22 mai, fut signé le fameux traité de la Sainte Ligue^ entre François I", le Pape, Venise, la République de Florence et le duc de Milan ; Henri VIll était déclaré protecteur de la Ligue ourdie contre Charles-Quint. Cependant, afin de dissimuler qu'elle était conçue contre lui, il fut déclaré que l'Empereur, s'il le voulait, pourrait en faire partiel D'après les termes du traité, Francesco Sforza rentrerait en possession de tout le duché de Milan; les états d'Italie seraient reconstitués selon la position où ils se trouvaient avant la guerre et une rançon délivrerait les enfants de France ; d'autres clauses suivaient au sujet de Charles-Quint, destinées à empêcher son' adhésion, celle-ci, entre autres, qu'il ne pourrait aller se faire couronner à Rome qu'avec la suite qui serait fixée par le Pape et la seigneurie de Venise; s'il refusait de souscrire à ce qu'il ne pouvait que rejeter, les confédérés s'engageaient à lever une forte armée pour délivrer l'Italie et les enfants de France; les contingents que chaque Etat devait fournir étaient déterminés d'avance'^.
Charles-Quint se trouvait dans une situation compliquée qu'aggravait encore l'importance prise en Allemagne par Luther. Sorti de son asile de la Wartbourg, où l'Electeur Frédéric de Saxe l'avait tenu quelque temps caché, il était revenu à Wittemberg et y prêchait publiquement la réforme du culte catholique. Son influence était d'autant plus grande que l'Empereur restait hors de l'Allemagne depuis 1521 et que son frère, l'archiduc Ferdinand, n'avait pas eu l'autorité suffisante ni l'adresse politique nécessaire pour tout maintenir dans l'ordre. Au centre et au midi, la plupart des villes, se gouvernant elles-mêmes, avaient accueilli le culte réformé ; beaucoup de princes