‹ Le connétable de Bourbon, 1490-1527Chapitre 299 sur 366 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

guère être défendue. Les confédérés n'avaient donc qu'à pénétrer coûte que coûte par une vive attaque ; les Impériaux placés alors entre l'armée italienne et le château, au milieu d'une ville qui les haïssait, n'auraient eu de salut, et un salut chèrement payé, qu'en battant en retraite du côté de Pavie. Mais le duc d'Urbin hésita. Il ne s'attendait d'ailleurs pas à une forte défense et pensait que les faubourgs seraient abandonnés après un petit combat.

Le généralissime, trouvant, au contraire, beaucoup de résistance, fit avancer 3 pièces de canon à une portée de trait de la porte Romaine et ordonna l'assaut; puis ce chef qui aurait eu besoin de savoir au juste ce qu'il désirait, abandonna ce premier dessein sous prétexte que le jour était trop avancé. Les Impériaux lui tuèrent d'ailleurs dans une ou deux escarmouches une quarantaine d'hommes et f»n blessèrent pas mal d'autres; le canon qui avait tiré contre la porte ne l'avait presque pas endommagée. « L'armée passa la nuit dans l'endroit oij elle ■avait fait halte, à droite du grand chemin, avec quelque désordre, le peu de temps qu'on avait ne permettant pas de prendre beaucoup de précaution. Cependant, on ■eut soin de faire garder les trois canons qui étaient en batterie; au commencement de la nuit, quelques Espagnols ayant attaqué ce poste furent repoussés par l'infanterie italienne qui composait cette garde. Il était encore arrivé le soir même six canons aux Vénitiens ; d'ailleurs, on eut plusieurs avis, et même par des prisonniers, que Jean de Naldo, capitaine au service des Vénitiens, avait fait, que les impériaux chargeaient leurs bagages comme pour une retraite, ce qui engagea tout le monde à espérer dans le jour suivant. — Mais les choses changèrent bientôt de face. La nuit n'était pas encore bien avancée lorsque le duc d'Urbin, frappé de la résistance qu'il avait trouvée et revenant à la frayeur que l'infanterie des ennemis lui avait ins-

pirée d'abord, résolut tout d'un coup de retirer Tarmée; il exécuta même sur-le-champ cette résolution en faisant partir les munitions et l'artillerie, et par l'ordre qu'il fit donner aux troupes vénitiennes de se mettre en marche; après quoi, il chargea le provéditeur d'informer le lieutenant du pape et les autres officiers de l'armée ecclésiastique du parti qu'il venait de prendre et de les exhorter de sa part à suivre son exemple ^ » Les officiers, très surpris, se rendirent auprès de lui pour essayer de lui faire entendre raison, mais il répéta qu'il était sur de la défaite et qu'il ne changerait pas d'avis'^. Invoquant ensuite une foule de motifs, qu'il déclara, de son chef, absolument irréfutables, il termina en démontrant que les règles de la guerre justifiaient sa manière d'agir et qu'il fallait s'en aller au plus vite avant la fin de la nuit. Il reprit donc le chemin de Marignan malgré les murmures de l'armée qui disait de lui, en changeant la célèbre parole antique : Veni, vidi, fugi. Jean des Bandes Noires, qui trouvait ce départ honteux, attendit qu'il fit grand jour pour emmener l'infanterie pontificale et battit en retraite sans perdre un seul homme. Les Impériaux s'attendaient trop peu à cette bonne fortune pour risquer le moins du monde de la compromettre. Ils n'arrivaient pas à comprendre ce qui la leur valait et redoutaient même un piège. Le départ du duc d'Urbin jeta d'autre part un grand trouble dans l'esprit des confédérés et les entraîna vers la méfiance ; ils se demandaient si le duc n'avait pas agi par un ordre secret de Venise ; tous émettaient des avis différents et se perdaient en conjectures. Les Impériaux, quant à eux, profitaient du

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