‹ Le connétable de Bourbon, 1490-1527Chapitre 300 sur 366 · Guichardin, liv. XVll, chap. ii · texte numérisé non relu

Guichardin, liv. XVll, chap. ii

2. Guichardin dit de lui : « Son avis passait toujours dans les conseils, parce qu'a^Drès avoir proposé les choses, il ne laissait jamais parler les autres et disait d'ahord son sentiment ou, du moins, il faisait tellement sentir par la seule exposition (]uel était son avis, que personne n'osait le contredire. »

temps perdu pour fortifier les faubourgs, désarmer les habitants et chasser de la ville ceux qui leur semblaient les plus dangereux; ils abusaient de ceux qui restaient pour en obtenir le plus possible ; les violences devinrent même telles que les habitants finirent par s'adresser à Bourbon, qu'ils connaissaient et qu'ils aimaient, pour faire cesser un pareil état de choses. « Les principaux de la ville s'étant donc assemblés en grand nombre, vinrent se jeter aux pieds du duc de Bourbon dans une attitude convenable à la déplorable situation de la patrie jl'un d'eux, portant la parole au nom de tous, parla, dit-on, en ces termes au milieu des pleurs et des gémissements de ses compagnons'. » Un long discours suivit oii les Milanais décrivirent tous ces malheurs qu'ils ne méritaient pas et avouèrent mettre leur unique espoir en Bourbon-. Il leur répondit avec beaucoup de douceur-^ qu'il était très sensible à leurs maux et

1. Guichardin, liv. XVII, chap. m. — Voici le discouis des habitants de Milan, d'après cet historien : «... Frédéric Barberousse désola autrefois cette ville; sa vengeance n'épargna ni ses habitants ni ses édifices, ni ses murailles, mais ce ne fut rien en comparaison des maux que nous soutfrons : la barbarie d'un ennemi est moins insupportable que l'injuste cruauté d'un ami; d'ailleurs, deux ou même trois jours suffirent à la colère du vainqueur et terminèrent le supplice du vaincu; au lieu que nos misères durent depuis plus d'un mois: elles croissent à chaque instant; et, comme les damnés, nous soutirons, sans espérance de soulagement, des maux qu'avant ce temps de calamités nous croyions de beaucoup au dessus des forces humaines, — Nous espérons, Monseigneur, de votre générosité et de votre clémence, que vous finirez nos malheurs et que vous ne permettrez pas qu'on achève de détruire une ville devenue votre légitime héritage et dont le ciel vous a confié le soin. Ce trait de bonté, en vous donnant les cœurs de vos sujets et le nom immortel de père et de restaurateur d'une si célèbre ville, établira plus solidement en un seul jour votre nouvelle domination que la force et les armes ne pourraient le faire en plusieurs années. Mais si, par des raisons qui nous sont inconnues, vous n'avez pas le pouvoir ni la volonté d'adoucir nos maux, nous vous conjurons de faire pointer lartillerie contre nous et d'exterminer par le fer de nos soldats tout le peuple de Milan sans distinction d'âge ni de sexe; une prompte mort sera moins affreuse qu'une vie déchirée par nos persécuteurs et cet eÛ'et de votre bonté, tout triste qu'il ne peut manquer de vous paraître, sera aussi digne d'être célébré que linhumanité de ces forcenés est en horreur à toute la terre : vous terminerez par là des tourments que vous n'aurez pu finir autrement, et notre mort ne causera pas moins de plaisir à ceux f(ui nous aiment encore que la naissance des enfants en fait aux pères et aux parents. »

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