Id
qu'il désirait ardemment soulager la ville. Il expliqua que les cruautés exercées étaient tout à fait contraires aux intentions de Tempereur ainsi que des officiers généraux et que la faute en devait être rejetée sur la nécessité comme sur le manque d'argent; il en avait bien apporté, lui, Bourbon, mais pas assez malheureusement pour contenter les troupes auxquelles des sommes considérables étaient dues. ÏNéanmoins, si Milan voulait bien fournir 30.000 ducats pour la solde d'un mois, il ferait camper l'armée hors de la ville. Il savait bien qu'à ce sujet déjà, la peuple avait été trompé, mais, cette fois, il n'en serait pas de même, et Milan pouvait compter sur sa parole. « Pour montrer que je suis sincère, termina-t-il, je prie Dieu, si j'y manque,, d'être emporté par le premier coup de canon que tirera l'ennemi'.)) — Quoique la somme demandée fût très forte, les Milanais, vu les circonstances, consentirent à la payer, tant la nécessité de loger le soldat leur paraissait au-dessus de tous les maux. Une partie destroupes seulement quitta la ville ; il est vrai qu'une partie seulement des 30.000 ducats fut comptée ; et les mêmes faits qu'auparavant se produisirent. (( Bourbon se mit peu en peine de sa promesse ou, plutôt, comme on le croit, il ne fut pas le maître de la tenir et ne put réprimer la licence de ses soldats, secrètement excités ])ar quelques-uns des généraux qui, par haine pour ce prince ou par ambition, traversaient tous ses desseins'. » — La même jalousie que Bourbon avait fait naître en France, puis en Italie, puis en Espagne, recommençait. On la trouve ainsi sans cesse pendant sa trop courte carrière ; et il fallait que son mérite fût sin-
1. Guichardin, liv. XVII, chap. m. — « ... Avec telle protestation qu'il faisoit à Dieu que, du premier coup d'arquelause tiré de son ennemy, il peust mourir s'il ne leur tenoit parolle. Mais il n'en fit rien pour ceste fois : et dict-on qu'aucprès, pour ceste mallediction qu'il se donda luy-mesmes, il eut cette harquebusade à Rome qui le lua comme il avoil dict» (Brantôme, ouvr. déjà cité, t. I, p. 305).
2. Ce passage prouve encore cette jalousie que Bourbon suscitait partout.