‹ Le connétable de Bourbon, 1490-1527Chapitre 308 sur 366 · Id · texte numérisé non relu

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390 LE CONiNÉTABLE DE BOURBON

Ce fut Finaction habituelle du duc dMJrbinquile sauva. Au lieu d'assaillir les Impériaux, incapables de lui résister, ce timide général continua le blocus et attendit. 11 attendit si longtemps qu'il donna le loisir d'arriver aux lansquenets de Frundsberg.

Charles-Quint conduisait lentement sa politique mais avec une attention sûre et soutenue. « D'un esprit plus réfléchi que prompt, il méditait beaucoup avant de se décider pour longtemps. Moins fécond que ferme dans ses vues, il avait, bien jeune encore, cette puissance de volonté qui fait une grande partie de riiabilelé humaine et décide si souvent de la fortune, de la fortune soumise aux persévérants encore plus qu'aux audacieux, car, si les audacieux la surprennent quelcjuefois, les persévérants finissent presque toujours par la contraindre et lui commander.

« L'ambassadeur vénitien, Gaspar Conlarini, qui avait précédé, en Espagne, André Navagero, revenant d'auprès de Charles-Quint entre la bataille de Pavie et le traité de Madrid, le dépeint ainsi dans la relation de son ambassade qu'il adressa le 16 novembre au Sénat de Venise : « L'empereur accomplira sa vingt-sixième année le 24 du mois de février (1526j jour de saint Mathiasoù il obtint la victoire sur l'armée française et où fut pris le roi très chrétien. Il est de stature ordinaire, ni grand, ni petit; son teint estblanc, plutôt pâle que coloré, 11 a le nez un peu aquilin, les yeux gris, le menton trop avancé, l'aspect grave, sans être dur ni sévère. Son corps est bien proportionné, sa jambe très belle, son bras fort, et dans les joutes d'armes, comme dans les courses de bagues, il est aussi adroit que

quelque cavalier de sa cour que ce soit. » — Après ^voir dit que le jeune et grave empereur était d'une complexion et d'un caractère mélancolique, très religieux, fort juste, étranger aux plaisirs qui entraînent les hommes de son âge, se donnant quelquefois, mais rarement, la distraction de la chasse, peu atlable, plutôt avare que libéral, ne parlant guère, ne s'oxaltant pas dans la prospérité, ne se laissant point abattre par l'adversité et ressentant plus la tristesse que la joie, Contarini le montre sans cesse occupé du gouverment de ses pays et de la conduite de ses affaires. «Il se plaît à négocier et à siéger dans ses conseils. Il y est tort assidu et il y passe une grande partie de son temps.» €'est par cette application qu'il pourvut aux nécessités •et qu'il surmonta les périls de sa situation en Italie ^ » Il vit en effet très nettement la situation et ce qui était nécessaire afin de l'améliorer, usant de la force des ■armes et de la ruse des négociations. Il fit part au plus vite à Bourbon de tout ce qu'il avait préparé pour lui venir en aide. Celui-ci, toujours dans Milan, continuait en effet à réclamer de l'argent et des soldats. Sa situation s'aggravait chaque jour. Il prenait ombrage aussi •dune capitainerie générale promise au duc de Ferrare, déclarant y voir une atteinte à son honneur et une diminution de son autorité. «. J'ai pensé, lui écrivait l'empereur pour le calmer à ce sujet, que vous trouveriez bon de gagner leducde Ferrare, quoiqu'il nous puisse coûter. Quant àmoy, je n'ay jamais entendu que la chose vous tournât endéshonneur, car vous sçavez que j'ai toujours désiré et désire vous accroistre et non soutfrir vous rabaisser'-. » 11 lui conférait le privilège de la capitainerie g'énérale, l'investiture de Reggio et de Modène et lui disait d'en disposer après avoir vu « que son honneur et son autoritéétaitbien gardés» ; il ajoutait pourseleconcilier

1. Mignet, p. 2o 1-233. — Relazioni degli ambascuUori Veneli al senulo •da Eugenio Albert, sér. I, vol. 11, p. 60.

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