Liv. XVll, chap. vi
3. Mezeray parle d'une lettre de Bourbon au roi de France, « laquelle.
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Tempereur, exploiter rim et l'autre à son profit en proposant ou vendant son alliance et jouer enfin ce rôle de souverain pour lequel il était né. Il ne sesépara pas de l'empereur qui lui était un trop gros^ soutien dont il ne pouvait se passer, il s'en servit, décidé à attendre les événements et à agir d'après eux; dans son raisonnement, si Charles-Quint se montrait enfin décidé à exécuter ses promesses d'une façon ou d'une autre, il continuerait à le servir ; si, au contraire, la même équivoque persistait, il saurait se-
dit-il, se voit en bon lieu et c|ui contient ces mots : N.iples vous donnera des preuves de ma repentance et justifiera ma faute. » Nous nousrappelons en effet (jue, si Ion en croyait P.audot de Juilly, dans son Histoire secrète du connétable, Bourbon aurait déjà proposé à François 1" ce pian hardi : il n'y a malheureusement rien de certain qui permette d'affirmer cette entreprise toute à l'honneur de l'ancien connétable et vraiment merveilleuse. Cependant Brantôme croit qu'elle exista réellement dans la pensée de Charles de Bourbon; c'est aussi l'avis de Robertson : « 11 s'imagina que l'empereur serait très satisfait de voir humilier Clément, le premier auteur de la ligue qui s'était formée contre lui. Il se flattait qu'en contentant l'avidité de ses soldats par l'immense butin de la capitale, il les attacherait pour toujours à ses intérêts, ou, ce qui est plus vraisemblable encore, il espéra que la puissance et la gloire que lui promettait la prise de la première villede la chrétienté, le mettraient en état de jeter les fondements tl'un pouvoir indépendant, et qu'après avoir rompu toute liaison avec l'empereur, il pourrait posséder, en son nom seul, Naples ou quelques autres Etats d'Italie. » Gregorio Leti, au contraire, dit nettement que Charles-Quint envoya Bourbon contre Rome par désir de se venger du pape et laisse entendre qu'il n'agissait pas pour son propre compte. Beaucaire dit que Bourbon voulait reconquérir le royaume des Deux- Siciles au profit de la monarchie française, et qu'il n'eut jamais l'idée de piller Rome, mais seulement d'y prendre l'argent nécessaire pour aller à Naples : « Borbonio Romam diripere in aniuio non fuisse... Peschinus ex illustri Boionum familia. qui huic expeditioni interfuit mihi confirmavit; justum in militum stipendium pecuniam inde conficere, et acceptas a Cœsare injurias ulturus regnum Neapolitanum invadere destinarat, quo illum extrema despcratio adegerat : qute deliberatio^ si initio bene successisset, hand dubium quin Franciscus illi reconciliatus (tanto in Cœsare odio, invidiaque tlagrabat) opportuna auxilia misset. Et Itali Borbonium potius, a quo nihil timebant, quam Cœsareui eo regno petiri optassent. » — C'est également l'idée de Sismondi qui,, même, croit Morone l'instigateur de cette idée. .Martin du Bellay écrit : ' « Aucuns ont estimé que si M. de Bourbon ne fust encore mort, il se fust faict roy de Romme et roy de Xoples, pour le mal contentement qu'il avoit contre l'empereur. » Gregorio Casale écrivait le 2 mai, quatre jours avant la prise de Rome : «Je pense que les lansquenets et Espaignols vont volontiers au royaume de Naples : une raison est pour sedécharger des bons butins dont ils sont chargés, l'autre pour prendre cette possession en gage de leurs payements et de ce qui leur est deu : et si Rourbon se sait gouverner il pourra gagner un royaume pour un duché. »
libérer. Sûr de ses troupes qui l'adoraient, il s'arrangerait pour les payer en prenant Florence ou Rome, puis, l'entreprise une fois menée à bien, aviserait. En allant à Rome enfin, eut-il des ordres secrets de l'empereur qui, mécontent de voir le pape rebelle à l'alliance qu'il lui voulait imposer, se résolut pour un châtiment exemplaire et terrible? C'est au fond probable, bien que les historiens espagnols comme Sandoval qui ont eu sous la main les archives de Simancas n'en aient pas parlé. En tous cas, ce qui ne parait pas douteux, c'est qu'à partir de ce moment, Charles de Bourbon ait eu le plan, un jour ou l'autre, de ne plus servir que lui-môme. Sa vie se trouvant manquée, il résolut de la jouer dans une entreprise étrange, unique et, malgré son horreur, admirable. L'ancien connétable, changé en lieutenant général de l'empire, s'égalant à ses maîtres par le mépris auquel leur conduite l'avait autorisé, le dernier féodal enfin, prince du sang et premier du royaume de France après le roi, devenait un condottiere.
Il sortit de Milan le 2 janvier 1527, laissant le commandement de la ville à Antonio de Leyva qui garda pour la contenir Gaspard de Frundsberg, fils de Georges, avec 2.000 lansquenets et le comte de Belgiojoso entré depuis peu au service de Charles-Quint. Il passa la ïrebbia le 9 février et se réunit aux lansquenets ; puis, avant de se mettre en mouvement, il écrivit à l'empereur pour lui représenter la situation et lui demander l'argent nécessaire à la paye des troupes. Les chevau-légers, en effet, n'avaient rien reçu; les lansquenets n'avaient touché qu'une seule solde et