LIVRE IV
ment VII, effacent de son esprit les pensées les plus graves; de sorte que le plus souvent les paroles restent à nous et les effets vont aux plaisirs'. » Les inquiétudes du pape ne se portaient d'ailleurs pas seulement sur l'Italie du Nord ; les Colonna en effet venaient de prendre Ceperano et Pontecorvo sur les terres méridionales des Etats de l'Eglise; le vice-roi de Naples y avait également pénétré à la tête d'une petite armée et assiégeait Frosinone. Clément Vil décida de traiter avec Charles- Quint ; il faut dire qu'à l'exemple de François \", malgré les hostilités, il n'avait pas cessé d'être en correspondance avec lui; il avait ainsi en Espagne messer Paolo d'Arezzo, et l'empereur avait de son côté en Italie le général des Franciscains, son grand-écuyer Cesare Ferramosca. Clément V^ll qui, jusque-là, ne se serait pour rien au monde entendu avec l'empereur, consentit à tout ce qu'on voulut. Les clauses du traité de Madrid furent renouvelées, le rétablissement de Francesco Sforza n'était point exigé, et le Pape, tenu avec les Florentins de donner 200.000 ducats pour renvoyer les lansquenets d'Italie, devait remettre, comme gage de sa fidélité, F^arme, Plaisance et Civita-Vecchia^. Le consistoire des Cardinaux s'y opposa vainement; Clément VII passa outre et conclut, le 31 janvier 1527, une trêve de huit jours pour présenter le projet aux Vénitiens qui, d'ailleurs, le refusèrent avec une hauteur méprisante et prévinrent immédiatement le roi de France. Celui-ci se montra très irrité et prononça un discours assez dur pour le pape devant le nonce Acciajuoli. Mais, avant même de connaître ce discours. Clément VII avait déjà renoncé à son projet à la suite d'une victoire remportée par ses troupes dans le sud de l'Italie : Vitelli, général de l'Eglise, et Trivulzio, cardinal légat, à la tète de 10.000 hommes, avaient
1. Lettre du 22 janvier 1527; — Négociations, etc., t. II, p. 892
2. Négociations entre la France et la Toscane, t. II, p. 900. — Lanz, t. I, p. 696-697.
batlu l'armée espagnole qui faisait le siège de Frosinone- Le pape, en même temps qu'il rompait son traité, prescrivait de poursuivre la conquête du royaume de Naples, La mauvaise humeur de François I" tomba aussitôt; il fit revenir Acciajuoli pour lui annoncer cette heureuse transformation et lui faire part de sa nouvelle alliance avec le roi d'Angleterre; il formula en même temps, selon son habitude, une infinité de belles promesses'. S'il les avait tenues, les choses se seraient passées autrement; mais, une fois de plus, il fit preuve de la même légèreté imprévoyante, à moins qu'il ne se soit désintéressé de l'entreprise à cause des difficultés qu'elle présentait-. S'il avait aidé l'invasion du royaume de Naples, elle aurait pu donner de grands résultats. Renzo da Ceri y entra avec 6.000 hommes levés à la hâte dans les Abruzzes, prit Aquila et se rendit maître des pays de Tagliacozzo, d'Aloz et de Celano; le comte de Vaudemont, qui commandait la flotte, s'empara de Sorrente et de la Torre del Greco. Mais la campagne s'arrêta d'elle-même par suite de l'insuffisance de ses moyens; et Lannoy, reprenant à son tour l'otrensive, pénétra de nouveau dans les Etats du Saint-Siège; il parvint ainsi jusqu'à Piperno sans être arrêté.
Le pape se sentit presque perdu cette fois. Son trésor était épuisé, et il ne pouvait plus rien demander à la République de Florence dont il avait tiré, depuis le commencement de la guerre, près de 800.000 ducats 3; enfin le roi de France ne tenait pas plus ses promesses que par le passé. Il reprit donc les pourparlers avec les Impériaux. Lannoy envoya immédiatement à Rome Ferramosca et son secrétaire Serenon^, avec des condi-