‹ Le connétable de Bourbon, 1490-1527Chapitre 329 sur 366 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

portés à 150.000; et, comme cette somme ne pouvait pas être trouvée tout de suite ici même, il partit pour Florence espérant être aidé par la ville du lys au maintien d'une paix qui l'intéressait d'autant plus qu'elle la sauverait du pillage dont elle se trouvait menacée. Lannoy promettait, sinon la trêve et l'éloignement de l'armée, du moins d'en détacher les Espagnols et les hommes d'armes. Il arriva le 6 avril à Florence. « Cependant l'incertitude des dispositions du connétable et la réussite du voyage de Lannoy augmentaient l'embarras et le péril de Clément. Ce pontife aurait dû solliciter dans cette conjecture les secours de la Ligue dont il avait si grand besoin, mais, au contraire, il les éloignait, par l'indiscrète ardeur qu'il témoignait hautement pour la paix et par sa trop grande confiance île l'obtenir, grâce au vice-roi; cette conduite rendait inutiles les démarches du lieutenant auprès des conféilérés. Guichardin, convaincu que le pape se repaissait <le chimères et voyant que l'inaction des alliés allait perdre Florence et Rome, faisait tous ses efTorts pour persuader au marquis de Saluées et aux Vénitiens que la trêve ne serait point exécutée et qu'ils ne devaient pas abandonner cette ville de la Toscane, ne fut-ce que dans leur propre intérêt et, pour donner plus de poids à ses discours, il ne leur dissimulait pas que le pape désirait ardemment l'exécution de cette trêve et qu'il était assez aveugle pour ne pas démêler l'artifice des Impériaux. 11 ajoutait que, quand leur secours ne servirait qu'à lui procurer de plus favorables conditions, ce serait toujours beaucoup pour eux, parce que le pontife serait alors en état d'établir pour le Saint- Siège et pour Florence un traité qui ne ferait pas grand tort à la Ligue, au lieu que, s'il était abandonné, la nécessité le forcerait non seulement à donner actuellement de grandes sommes, mais encore à s'obligei- à en fournir de considérables par mois, ce qui permettrait aux ennemis de leur faire vigoureusement la guerre.

qu'ils devaient donc suivre Bourbon avec toutes leurs forces dès qu'il se mettrait en marche pour attaquer la Toscane et ne rien négliger pour la défendre s'ils ne voulaient pas occasionner eux-mêmes la ruine des affaires de la Ligue'. » Et il décida le marquis de Saluées à entrer en campagne. Nous l'avons déjà vu à Forli.

A Florence, pendant dix jours, Lannoy négocia la levée des 150.000 ducats. On les promit et les vases des églises furent môme vendus pour obtenir la somme plus vite. Bourbon, averti, avait envoyé à Florence deux gentilshommes, La JVlothe et Montbardon, avec son écuyer Jean de Languedoc qui, tous les trois, donnèrent l'assentiment de leur maître à ces conditions nouvelles; puis ils revinrent immédiatement auprès de lui. Ils furent suivis bientôt par Lannoy, le maître d'hôtel de Clément VII et les délégués florentins; le paiement devait se faire en deux fois et ces derniers apportaient avec eux déjà 100.000 ducats. C'était la paix, semblait-il, et Clément Vil, quant à lui, considéra comme certaine la retraite des troupes impériales. Il en était tellement persuadé qu'après avoir licencié la plus grande partie de ses forces et n'avoir gardé que 2.000 soldats des Bandes-Noires, 500 chevaux et un petit nombre de Suisses, il renvoyait encore ceux-ci et demeurait sans défense.

Bourbon qui n'avait adhéré aux propositions dernières que pour mieux tromper son monde, ne demandait pas autre chose; il avait ainsi maintenu le pape dans une fausse sécurité et s'était ouvert les passages qui conduisaient en Toscane. — Il avait été assez longtemps retenu en Bomagne par la nécessité de faire des vivres et par le débordement des rivières. Il avait laissé ses canons pour aller plus vite et s'était arrêté le 16 près de Santa Solia, ville de la vallée de Galeata, dans

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