‹ Le connétable de Bourbon, 1490-1527Chapitre 354 sur 366 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

une messe blasphématrice i. Rien ne les arrêtait dans leurs vols. — Un prélat qui avait été fait prisonnier portait au doigt un assez beau diamant; comme un soldat n'arrivait pas à lui enlever, son caporal prit un couteau, trancha net le doigt et le tendit à son subordonné ; celui-ci prit la bague et jeta le morceau de chair morte à la tète du malheureux prêtre. Une des plus grandes distractions des fantassins allemands était d'ailleurs de promener les cardinaux en grande pompe, montés sur des ânes, en les outrageant. C'est ainsi que le cardinal Araceli fut porté dans une bière à travers les rues de Rome; les soldats psalmodiaient autour de lui un office des morts fantaisiste; à la fin, ils s'arrêtèrent devant une église et y prononcèrent une étrange oraison funèbre faite d'injures et « d'obscénités révoltantes" ». Ils le rapportèrent ensuite chez lui et (( firent sous ses yeux une orgie, se faisant servir les vins les plus fins dans des calices d'or consacrés. On vit encore entrer dans plusieurs maisons ce même cardinal en croupe d'un cavalier allemand ou espagnol qui le menait ainsi dans tous les quartiers, lié comme un vil criminel, afin d'emprunter les sommes dont il avait besoin pour racheter sa liberté 3. » Plus les prisonniers étaient d'un haut rang, plus leur supplice était complet ; il devenait tragique s'ils refusaient de dire où ils avaient caché leur fortune. Les uns restaient plusieurs jours pendus par les bras ; les autres, une corde aux pieds, étaient accrochés au-dessus d'un étang ou d'un puits ; quelques-uns furent roués de coups jusqu'à ce que la mort vint ; certains étaient stigmatisés au fer rouge; à d'autres on enfonçait de fines échardes de bois sous les ongles des mains et des pieds, ou bien on leur arrachait les dents, une à une, après

1. 1(1. : — (irnlier : — Jean Cave (Léon Dorez, éd. déjà citée) ; — Guichardin.

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