LIVRE IV
exhiboient de beaux spectacles à leurs pauvres hères maris qu'ils faisoient si gentiment cocus devant eux quils n'en osoient dire mot devant eux, mais encor bien aises ; et devant tout le monde en pleine rue les repassoient, les menant pourmener partout sans leur faire tenir chambre sarrée comme Ton fait h Rome, superbement habillées, selon leur grandeur, tousjours pour leur en faire mieux venir l'appétit, les tenant par leurs mains, comme si ce fussent estées leurs propres femmes, de sorte que longtemps amprès on appeloit ces grandes dames les religieuses « les reliques » du sac de Rome. Et de bonheur pour les soldats et malheur pour les pauvrettes, jamais dans Rome on nevist de si belles femmes (qu'y sont ordinairement belles) qu'alors. Encore uucimes regrettarent leur partance de Rome, tant elles y estoient habituées ; et qui pis est, force religieuses, filles et femmes en suivirent aucuns à Naples, comme dernièrement firent à xXmiens aucunes sans regretter leur ville ni leur patrie, tant elles se plaisoient en ce doux plaisir ^ » Le galant et aimable Rourdeilles ne comprend pas celles qui imitèrent Lucrèce, « car, dit-il, selon l'opinion de Saint-Augustin, si elle'estoit chaste, pourquoy se tuait-elle? tant s'en faut, elle devoit survivre pour maniffester sa vertu, et s'en aller la teste haute, et avecque un beau front et hardy^'. »
Chaque soldat révéla sa race pendant ce pillage. Les Espagnols furent avares et cruels, les Allemands avides et emportés, les Italiens, cupides et sournois. Les Espagnols ne reculaient devant rien pour grossir leur butin et avoir des femmes ; les Italiens agissaient de même ; mais, au lieu qu'ils cachaient le résultat de leurs vols, les Allemands étalaient avec ostentation leur nouvelle fortune et la dissipaient. Ils portaient