‹ Le connétable de Bourbon, 1490-1527Chapitre 36 sur 366 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

gagna Amboise pour les noces de sa sœur ', puis revint à Moulins en passant par Lyon. Il en repartit « le jour de Saint-Jean, 1515, accompagné outre sa maison et sa compagnie, de plusieurs compagnies, capitaines et autresnotablespersonnages et printle chemin de Lyon-. » De là il vint à Grenoble où se réunit l'armée royale. Elle s'élevait à 3.000 hommes d'ordonnance et 30.000 hommes de pied comprenant 10.000 français et 20.000 lansquenets. Toute la noblesse était là, représentée par ses plus grands noms : La Trémouille, La Palisse, Louis d'Ars, d'Aubigny, le duc d'Alençon, le comte de Nevers, de Boisy; il y avait Trivulce ; Galiot de Genoullac dirigeait l'artillerie ; Pedro Navarro, qui s'étaitrattaché à la cause française, commandait les gens de pied. En Italie on s'était également préparé avec ardeur. Prospero Colonna. envoyé par le pape, s'avançait vers le Piémont à la tète de 1.500 chevaux; Laurent de Médicis en commandait 3.000; le vice-roi de Xaples avait sous ses ordres 800 hommes d'armes et 1.000 de cavalerie légère. Les Suisses enfin, les plus dangereux, gardaient au nombre de 20.000 environ, à Suse et à Pignerol, deux positions formidables, les deux seuls passagesconsidérés jusqu'alors comme accessibles pour

d'abord fort ouvert, il se resserroit dans la suite et menoit les personnes qui traitoient avec lui par tant de détours qu'il lassoit la patience des plus raffinés politiques. La douceur de ses mœurs lui avoit acquis l'amitié des François et l'exacte discipline qu'il faisoit observer à ses soldats le mettoit dans l'estime de ses propres ennemis. 11 sembloit que la fortune se fût indispensablement attachée à le suivre parceque, depuis qu'il portoit les armes, les français avoient toujours été vainqueurs partout où il étoit et vaincus partout où il ne s'étoit trouvé. Il ne devoit qu'à son propre mérite la charge de connétable et le besoin qu'on avait de lui pour gagner Octaviea Fregoso lui fit donner le pouvoir de traiter avec lui sans modification et sans réserve ».ll faut suivre dans Varillas le récit de toute cette négociation compliquée qui fait le plus grand honneur au connétable. Elle prendrait trop de place à être racontée ici.

1. Le roi assista au mariage (Marillac le dit). Et on lit dans la Chronique du roi François I" publiée par Georges Guiti'rey. -Paris, MDCCCLX, Renouard : « Toutes fois après le roy et la seigneurie étant à Amboise, le duc de Lorraine épousa au dict lieu la seur du dict seigneur de Bourbon, on y eust grose et triomphante teste. »

traverser les Alpes, celui du Mont-Cenis et celui du mont Genèvre ^. On prit ses renseignements et on reconnut qu'il était impossible d'emporter ces passages de force. L'idée fut alors émise de partir pour Gènes et il en resta quelque chose car les arbalétriers, sous les. ordres d'Aymar de Prie, furent embarqués à Marseille'*^. C'est alors que le duc de Morette, ayant appris d'un paysan des chemins inconnus, communiqua ce secret au duc de Savoie qui lui-même, notre allié encore à ce moment, le fit connaître au roi de France. Lautrec, Navarro et Trivulce examinèrent la proposition. Lu col indiqué se trouvait au nord de l'Enchastraye. Il était à peine praticable pour les piétons et fut préparé tant bien que mal par onze cents pionniers dirigés par Navarro'. Trivulce avec ses stradiots passa d'abord, suivi de l'avant-garde qui s'y engagea le 10 août, commandée par le connétable, et du reste de l'armée. « Le grand connétable de Bourbon, dit un agent vénitien qui se trouvait à Démonte, allait SKperhamente ''. » Le roi partit quant à lui d'Embrun le 13 août, armé de toutes pièces, et passa « dans le plus estrange pais où jamais fust homme de cette compagnie' ». La plupart du temps, il fallait s'avancer à pied et tirer les chevaux parla bride. On ne se doute pas despeinesque l'armée endura "^L Un des moments les plus critiques fut celui où la route se trouva barrée par une énorme montagne d'une seule pièce et entièrement rocbeuse. « La sape et la mine avaient renversé tous les rochers qu'on avait pu aborder et entamer ; mais que pouvaient-elles contre une seule roche vive escar-

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