‹ Le connétable de Bourbon, 1490-1527Chapitre 5 sur 366 · Choix de chroniques et mémoires, t. XIII : Orléans · texte numérisé non relu

Choix de chroniques et mémoires, t. XIII : Orléans

Charles naquit le 17 février 1490. Il était le deuxième fils de monseigneur Gilbert de Bourbon et de « très noble dame » Claire de Gonzague, fille elle-même de Frédéric de Gonzague, marquis de Mantoue^.

Ce monseigneur Gilbert possédait un passé glorieux. Agé seulement de dix-huit ans et lieutenant général du roi Louis XI, il s'était montré fort courageux au cours des batailles entreprises contre le duché de Bourgogne; il aurait même contribué à la défaite du Téméraire. En 1494, il accompagna Charles VIII en Italie et fut laissé à Naples comme vice-roi. Attaqué par don Ferrante, allié du pape Alexandre, il n'y resta pas longtemps. Ne pouvant, par la suite, sauver la dernière place qu'il défendait, il maintint du moins l'honneur des armes françaises; d'après les chroniqueurs du temps, en etîet, avec 100 hommes d'armes, 200 archers et 5.000 suisses contre 30.000 ennemis, il se retira dans le château de Naples oii il demeura cinq mois entiers malgré tous les ennuis d'un si long siège et son manque d'approvisionnements, c< tellement que le dict comte Gilbert et les gens d'armes de sa compagnie la plupart du temps mangeaient le ris et le millet pour tout pain et les chevaux et mulets, chiens et chats qui étoient au dict châtel etbeuvoient de l'eau et du vinaigre-». Don Ferrante s'étant éloigné, il sortit avec armes et bagages et

1. La, maison de Mantoue était importante. — Voir à ce sujet : Arc/dce<t (le la maison de Gonznr/ue, dans Noliecs et i/acumenls jjnbliéfi pour la Société: de r Histoire de' France. — Renouard, Paris, 1884, p. 283.

LIVKE I 11

se mit à sa recherche afin de lui livrer hataille en plaine; la lutte n'ayant pas eu lieu par la faute d'un capitaine suisse qui s'y opposa au point de mériter ensuite d'être accusé de trahison, le comte Gilbert quitta la Fouille, décidé cette fois à rentrer en France. A Baies il s'embarqua et, presque aussitôt, tomba malade ; il mourut à Pouzzoles^ et y fut enterré ; Marillac appelle cette maladie si rapidement mortelle un « flux de sang pestilentiel ». Coïncidence trop curieuse pour n'être pas notée, son premier fils allait, au même endroit, tomber frappé d'une maladie semblable à celle de son père et, à la suite également d'une expédition contre Xaples. Louis XII souhaitant en etTet reconquérir le royaume perdu, y avait envoyé d'Âubigny, et Louis de Bourbon l'avait suivi, désireux de l'aire ses preuves. II se révéla brave comme son père. Le premier, il monta sur les murs de Capoue et, rejeté dans le fossé, deux fois blessé, revint à la charge avec tant d'entrain qu'un des premiers encore il entra dans la ville. Le roi, pour le récompenser de sa conduite, lui proposa sa nièce en mariage. M"'' deFoix quifut, depuis, reine d'Espagne, — et de le nommer vice-roi. C'est alors que, se trouvant à Pouzzoles où il faisait dire un service à la mémoire de son père, il fut saisi par le même « flux de sang pestilentiel » et mourut, à peu de jours de là, à Naples où il s'était fait transporter en toute hâte. Son corps, embaumé et « mis dans le plomb où était celui de son père- », fut transporté en France et inhumé àAiguesperces. — Charles allait rester le chef de la famille. Confié d'abord au sieur de Chauvigny, il fut ensuite sous la tutelle du duc Pierre de Bourbon son oncle, qui avait donné l'ordre de le ramener vite. Il était âgé de douze ans. On l'appelait Charles Monsieur.

Pierre de Bourbon avait épousé Anne de France, et

Page 1