LIVRE II
de son armée, fut résolu de ne garder que la ville et de mettre le feu aux faulxbourgs à ce que l'armée impérialle ne s'en peust prévaloir. Mais l'empereur, temporisant en chemin quelque peu de temps, fut changé d'opinion et fut baillé à chacun son quartier pour remparer; de sorte que tous lesdits faulxbourgs furent incontinant en estât pour attendre les forces de l'empereur... — Or avoit le dit empereur suivy M. de Lautrec, pensant qu'à son arrivée nostre armée se retireroiten France ainsi que par cy devant étoit advenu, n'ayant les forces pour tenir la campagne et que des deniers qu'il pourroit lever à Milan, il payeroit son armée. Mais, après avoir séjourné quelques jours, et se croyant frustré de son intention par ce que ceux avec lesquels il avoit intelligence n'avoient aucun moyen, pour l'ordre qu'y avoit donné M"^' de Bourbon, d'exécuter leur mauvaise volonté, une nuict au desceu de son armée, avecques 20U chevaux, abandonna ses gens; de sorte que, devant que son camp en eut la cognoissance, il estoit à 20 milles de là. Son armée, se voyant sans chef et sans argent, se retira en grande diligence après ledit empereur, à la suite de laquelle sortirent le comte de Saint-Pol et le sieur de Montmorency et le sieur de Lescun, lesquels en deftlrent quelque nombre. Ce faict, partit ledit duc de Bourbon pour s'en retourner en France devers le roy, laissant messire Odet de Foix, sire de Lautrec, gouverneur du duché de Milan et lieutenant général dudit seigneur en Italie. » — Du Bellay ne parle pas de l'Espagnol ni de la ruse du connétable; Marillac l'a peut-être inventée, mais ce n'est guère probable, et ce petit fait n'importe que médiocrement. On peut simplement dire que, d'après Paul Jove, très sujet à caution i, comme nous
1. Paul Jove, autre exemple, après avoir dit que Bourbon reçut l'épée de connétable àFavènement du rè^ne de François ]"', oublie de se relire et écrit tranquillement qu'il la reçut en récompense de la façon dont il avait gardé le duché de Milan.
l'avons déjà remarqué, Maximilien s'en alla plutôt à la suite d'un stratagème de Trivulce qui fit tomber entre ses mains une lettre écrite au nom des Suisses du parti français à ceux du parti impérial, et qui lui valut des songes qui l'épouvantèrent'. — M. Paris insiste sur son erreur en ajoutant que tous les historiens écrivent comme du Bellay qui, lui-môme, écrit comme Marillac. Que Bourbon ait été rappelé ou qu'il soit revenu de lui-même comme le prétendent Arnould le Ferron et Beaucaire de Peguillon^, jamais Marillac n'a dit qu'il y eut là un début de dispute entre lui et le roi ; au contraire, il montre à Moulins l'intimité de François et de « son frère Charles ». M. Paris, se contredisant lui-même, croit réfuter Marillac en se servant cette fois de son texte et en faisant voir, d'après lui, que les fêtes de Moulins n'auraient pas eu lieu en ce cas. — Non, la discussion vint de ce qui suivit. A distance, cela peut paraître insigniliant, mais celui qui a senti son amourpropre blessé à plusieurs reprises comprendra la susceptibilité peu à peu grandissante du connétable.
On a vu précédemmentde quelle façon Louis XII avait reconnu ses services. Déjà plus d'une fois il n'avait point été payé de ses frais, sous le prétexte, qui n'était pas juste au fond, que ses revenus suffisaient. — François I" persévéra dans le même procédé. Du moins, Marillac nous dit que, pendant toute la campagne de 1515, il n'aurait pas reçu du trésor royal un seul
1. « Et alïermio poi che quella notte egli haveva veduto in sogno Lopoldo arciduca d'Austria, suo bisavolo, et Carld, duca di Borgogna, suo socero, con quello horribil volto et con quel sanguinoso habito d'arniatura... I quali con parole terribili gli commendavano che subito si devesse le var di quel pericolo. » (Paolo Giovio, Délie istorie del suo tempo, 1. XVI, m. 4 Venise 1572; traduttore Lodovico Domenichi.)
2. « Xec ita multo post Gallicus exercitus Odeto Fuxio Lautrecio duce quem in borbonii locum Franciscus suBecerat, eodem (Brixiam) appulit Borbonius enim, Gœsare repulso, ac fœdere cum Helvetiis inito, principatum Medialonensem extra periculuni ecce anidmadverteris, sponle ejus administratione cesserai et Rege ut alium surrogaret monito, inGalliainredierat... » [Rerum gallica rinn commentarii ab anno 1471 ad anniim 1580. Fr. Belcario Peguilion. 1625.)